Surenchères pour la reprise de Club-Internet

Régulations

Le fournisseur d’accès à Internet et ses 600.000 abonnés ADSL est valorisé
entre 400 et 500 millions d’euros

La cession de Club-Internet par sa maison mère Deutsche Telekom se poursuit et entre dans une phase décisive. Le 6 avril dernier, les offres fermes de rachat ont été déposées. Selon des sources proches du dossier, les prix proposés sont supérieurs aux premières estimations qui tablaient sur 350 millions d’euros. Les offres s’échelonnent en effet entre 400 et 500 millions d’euros.

C’est également bien plus que les 280 millions d’euros payés par Neuf Cegetel pour la reprise d’AOL France (400.000 abonnés).

Plusieurs candidats ont déposé une proposition : Iliad (Free), Neuf Cegetel, Telecom Italia (Alice), Numericâble-Noos via les fonds Altice et Cinven.

Il faut dire que les 600.000 abonnés ADSL de Club-Internet, 5e FAI français, attisent les convoitises.

Face aux coûts d’acquisition de nouveaux abonnés de plus en plus élevés, et en attendant le lancement de technologies de rupture comme la fibre optique (les trois leaders ont annoncé des lancements pour 2007), les opérations de croissance externe représentent une bonne opportunité pour grandir d’un coup.

Une perspective stratégique pour Free ou Neuf Cegetel qui aujourd’hui sont au coude à coude derrière Orange avec un peu plus de 2 millions d’abonnés. Si l’un des deux emporte le morceau, il prendra une sérieuse avance sur son concurrent. Un objectif hautement stratégique surtout que Club (et Alice) sont les derniers FAI rachetables.

Dans le même temps, cette cession semble être logique dans un contexte de concentration à marche forcée. Club-Internet est un acteur mineur ayant du mal à suivre les prix agressifs des leaders. Rappelons que AOL France a été racheté par Neuf Cegetel, que Tiscali été repris par Telecom Italia (Alice), et que SFR s’est emparé de Tele2 ADSL.

Ces rachats concentrent le marché autour de trois acteurs de poids : Orange (France Telecom) avec 5,9 millions de clients, Free (Iliad) avec 2,2 millions de clients et Neuf Cegetel (Louis Dreyfus-SFR) avec 2,1 millions de clients. A eux trois, ils rassemblent plus de 80% du parc d’abonnés ADSL.

Dans un entretien au Journal du Net, Marie-Christine Levet, présidente de Club-Internet, explique d’ailleurs que “la concentration est un phénomène nécessaire, inéluctable dans un secteur où les investissements sont importants, les marges faibles et la concurrence forte. (Elle est) renforcée avec l’arrivée de la fibre optique qui exige des investissements colossaux” .

Pour autant, si le nombre de prétendants est élevé, les freins potentiels le sont aussi. Iliad (Free) est-il financièrement capable de supporter ce rachat et ses lourds investissements dans la fibre (1 milliard d’euros annoncés sur plusieurs années) ? Sans oublier la téléphonie mobile 3G qui intéresse également le trublion des télécoms mais qui exige de très lourds investissements.

De son côté, Neuf Cegetel pourrait être pénalisé par la guerre que se livre Vivendi (sa maison mère via SFR) et Deutsche Telekom autour du polonais Elektrim, rappellentles Echos.

Telecom Italia estime que l’acquisition de Club-Internet est le seul moyen afin de protéger Alice d’un éventuel rachat. Mais la tempête qui frappe actuellement l’opérateur italien (dont 18% du capital est actuellement en vente) ne plaide pas en la faveur d’une telle opération.

Reste Noos-Numericâble qui grâce à la puissance des fonds Altice et Cinven pourrait faire une entrée remarquée dans l’ADSL français.

L’heureux vainqueur sera connu dans les prochaines semaines, la cession intervenant au cours du deuxième trimestre.


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