Régulation de la fibre : Orange rejette en bloc l’analyse de l’Arcep

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Pour la CFE-CGC d’Orange, l’Arcep fait fausse route en voulant faciliter l’ouverture des infrastructures optiques de l’opérateur à la concurrence.

C’est peu de dire qu’Orange n’a pas du tout apprécié les nouvelles propositions de l’Arcep sur la régulation des infrastructures de fibre optique. Le document d’orientation que le régulateur a publié hier, précédé la veille d’une interview aux Echos de son président Sébastien Soriano, ont mis le feu aux poudres chez l’opérateur historique.

Les idées, d’une part, de faciliter l’accès aux concurrents des points de mutualisation optique des immeubles dans les zones très denses et, d’autre part, de permettre l’émergence d’un nouvel opérateur national d’infrastructure (Kosc en premier lieu) qui s’appuierait sur celle d’Orange pour revendre de la capacité en gros aux opérateurs alternatifs et faire émerger des offres concurrentielles aux entreprises, ont fait bondir Stéphane Richard. « La France en retard sur le THD, il faut donc s’attaquer à @orange, seul opérateur qui investit massivement. Cherchez l’erreur » a déclaré le PDG de l’opérateur dans un tweet adressé à Sébastien Soriano.

Free très présent aussi dans les immeubles

Et d’argumenter. « Déployer la fibre dans les immeubles n’est pas plus facile pour Orange que pour les autres opérateurs », justifie par communiqué la CFE-CGC qui pour le coup se fait porte-parole défenseur de la direction de l’entreprise. Selon le syndicat, le marché des immeubles est ouvert depuis près de 20 ans et Orange « n’a aucun lien privilégié avec les gestionnaires de copropriétés ». Et si l’opérateur s’inscrit comme l’acteur principal de la couverture des colonnes montantes des immeubles pour 44% des logements reliés (selon l’Arcep), la concurrence y est bien active. « Le régulateur, qui dispose des données fournies par les opérateurs, devrait notamment savoir que Free est très bien positionné dans les immeubles des zones denses », lâche le syndicat. Selon lui, une réglementation contraignante pourrait « gripper le processus » de déploiement de la fibre.

Concernant l’ouverture de son infrastructure à un nouvel opérateur à partir d’une offre spécifique, Orange avance que c’est déjà le cas. Les opérateurs d’entreprise « peuvent d’ores et déjà bénéficier d’offres sur mesure en direct sur ses infrastructures », argumente le défenseur du numéro Un des télécoms français. Qui craint que « ajouter cet intermédiaire supplémentaire […] ne ferait qu’ajouter de la complexité… alors que la régulation française est déjà la plus compliquée du monde ».

Prises de positions outrancières

La CFE-CGC profite de l’occasion pour attaquer les « prises de positions outrancières » de Sébastien Soriano qui « vont très au-delà de son rôle de régulateur du marché ». Notamment sur le contrat signé en 2011 entre Orange et SFR sur la mutualisation des déploiements. Le régulateur souhaite rééquilibrer cet accord qui prévoit « seulement » 20% du territoire couvert en zones moyennement denses à SFR (et 80% à Orange). Le syndicat rappelle le caractère privé de ce partenariat validé en son temps par l’Arcep et l’Autorité de la concurrence. « Une fois passée cette étape, il ne relève plus de la régulation », dénonce-t-il. Tout en avançant que Patrick Drahi (dirigeant d’Altice maison mère de SFR) « n’a pas investi à la hauteur des engagements qu’il avait pris ». Contrairement à Orange qui se dit néanmoins ouvert à quelques rééquilibrages. Quant à la présence massive (par rapport à la concurrence) de l’opérateur historique dans les réseaux d’initiative publique (RIP), « aucun opérateur n’a d’exclusivité, et tous sont libres d’aller rencontrer les collectivités locales pour se développer ».

Les concurrents d’Orange notent néanmoins que ce dernier a tiré sa capacité d’investissements de par sa position historique d’ancien monopole d’Etat. Position qui lui permet aujourd’hui d’occuper 75% du marché de la fibre en France avec 6,3 millions de foyers éligibles au FTTH (fibre optique à domicile), sur près de 7 millions de prises, et plus de 1,3 million d’abonnés fibre. Argument balayé par le directeur général adjoint Pierre Louette dans un tweet, « l’avance acquise en #FTTH s’est faite à la force des CAPEX @orange, nous ne sommes pas responsables des erreurs stratégiques des concurrents ». Tout comme le sont les accusations portées sur le blocage de l’opérateur à ses infrastructures. « Le réseau fibre d’Orange est ouvert à tous les acteurs du marché, tous ses points de mutualisation sont déployés partout où la fibre d’Orange est tirée, et tous les opérateurs peuvent s’y raccorder comme ils le souhaitent », justifie le syndicat. Qui rappelle au régulateur que celui-ci « sait qu’Orange respecte scrupuleusement la réglementation française ».

Nouvelles menaces sur l’emploi

Une réglementation qui, à moins que les propositions de l’Arcep soient massivement rejetées par le secteur, va néanmoins évoluer. D’autant que la question du désengagement de l’Etat dans le capital d’Orange (dont il détient 23%) revient sur la table à l’approche des élections présidentielles. Face à de trop fortes contraintes sur la fibre, les investisseurs d’Orange, notamment les fonds de pension américains, pourraient faire pression sur l’entreprise pour qu’elle privilégie ses développements dans les marchés plus rentables, comme l’Espagne, alerte la CFE-CGC. Qui en profite au passage pour resservir le refrain du quatrième opérateur mobile, Free, dont la stratégie concurrentielle « a conduit non seulement à la destruction des marges, mais aussi du chiffre d’affaires global sur le marché des télécommunications françaises » qui a entrainé son lot de restructuration du secteur (d’ailleurs toujours en cours chez SFR). Sous-entendu : un désengagement d’Orange sur la France pourrait-elle porter à conséquences sur les emplois ? A l’avant-veille des élections, la question ne manquera probablement pas d’être soulevée.


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crédit photo : Arcep

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