Big Data et IA : l’Europe a-t-elle les moyens de ses ambitions ?

L’industrie numérique a accueilli (plutôt) positivement les annonces de Bruxelles.

La Commission européenne a présenté cette semaine un livre blanc sur l’intelligence artificielle (IA) et les grandes lignes d’une stratégie pour les données. Ces initiatives fourniront le cadre dans lequel devra s’inscrire une législation européenne attendue au mieux pour la fin de l’année 2020. Dans l’intervalle, l’exécutif européen veut engager jusqu’à la mi-mai des consultations avec les parties prenantes, entreprises, organisations non gouvernementales (ONG), collectifs, syndicats professionnels…

En France, des représentants de la filière (ESN, sociétés de conseil en technologies, éditeurs de logiciels et sociétés internet) ont salué l’initiative… avec prudence. « L’approche double, entre soutien à l’innovation et confiance, est nécessaire pour garantir les conditions du développement de l’intelligence artificielle en France et en Europe », a déclaré dans un communiqué Godefroy de Bentzmann, président de Syntec Numérique. Selon le dirigeant, « un cadre réglementaire stable » doit soutenir l’innovation et la diversification des usages.

L’Europe plaide pour une IA éthique qui respecte les droits fondamentaux. Elle milite également pour une coopération renforcée entre les États membres et le secteur privé pour disposer « à terme d’un budget annuel commun de 20 milliards d’euros dédiés à l’IA ».

Il n’y a pas d’IA sans Big Data. La circulation des données est l’autre volet clé du dossier.

« Une mine d’or inexploitée »

La Commission européenne veut oeuvrer à la création d’un « marché unique des données » qui constituent le « carburant de l’intelligence artificielle », notamment les données « industrielles ». Une « mine d’or », dont le potentiel reste encore « inexploité », a souligné dans une tribune la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Ce point de vue est partagé par Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur.

« Tous les regards se penchent désormais vers l’Union européenne pour capter ces nouveaux flux de données industrielles, à très forte valeur ajoutée. À nous de nous organiser pour qu’ils bénéficient en priorité aux entreprises et à l’industrie européennes », a expliqué le commissaire européen dans un entretien accordé au quotidien économique Les Echos.

Se placer à la hauteur des enjeux

Syntec numérique est favorable au renforcement du partage et de l’utilisation des données industrielles. L’organisation considère néanmoins que la mise en place d’une « gouvernance globale de la donnée » implique de soutenir en amont la « formation massive ». Elle permettra aux entreprises de « développer une vision d’ensemble de leur patrimoine informationnel ».

La Commission européenne, de son côté, veut aussi fédérer les initiatives européennes dans le Cloud Computing (là où les données migrent en masse). Un marché dominé largement par les fournisseurs américains de services cloud (Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google Cloud…). L’objectif étant de gagner en « autonomie stratégique », voire en « souveraineté technologique », qu’il s’agisse d’informatique quantique, de la 5G ou de cybersécurité.

Margrethe Vestager (en photo) l’avait déjà souligné en octobre 2019 lors de son discours introductif de vice-présidente de la Commission en charge du numérique. Selon elle, l’Europe doit valoriser ses atouts, ses talents et ses infrastructures, et ne pas « ressembler davantage à la Chine ou aux États-Unis, mais à elle-même » pour avancer à l’ère numérique.

Pour Godefroy de Bentzmann aussi l’investissement dans les compétences et les technologies « est central ». Justement, Syntec Numérique fait partie des représentants de la filière qui appellent « les États à augmenter significativement la part du budget de l’UE consacrée à la transformation numérique ». Une part jugée « encore insuffisante aujourd’hui ».

(crédit photo : European Parliament on VisualHunt.com / CC BY)