Fusion WorldCom/Sprint: l’Europe déboute… l’Europe

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Le Tribunal de première instance de l’Union européenne a annulé la décision de la Commission européenne prise il y a quatre ans d’interdire la fusion entre les deux opérateurs télécoms américains

L’affaire remonte à il y a quatre ans. En pleine euphorie de la bulle télécom/internet, l’opérateur américain WorldCom annonce son intention de racheter son concurrent Sprint. Mais la fusion ne se fait pas. Elle est rejetée par les autorités américaines et ensuite par Bruxelles. La Commission estimait qu’elle aboutirait à la création d’une position dominante sur le marché de la

“connectivité internet du plus haut niveau”. Les deux groupes abandonnent l’idée d’un rapprochement avant même la décision de Bruxelles. Mais quatre ans après cette décision, l’Europe revient sur son refus. Le Tribunal de première instance de l’Union européenne a en effet annulé ce mardi pour des raisons de procédure la décision de la Commission européenne. “Sans prendre position sur le fond de l’affaire, le Tribunal juge que la Commission n’était plus compétente pour prendre la décision après l’abandon du projet de concentration qui lui avait été notifié par les entreprises concernées”, peut-on lire dans le communiqué joint à la décision. Le Tribunal a estimé que “de même qu’elle n’est pas compétente pour interdire une concentration avant la conclusion d’un accord de fusion, la Commission cesse d’être compétente aussitôt que cet accord vient à être abandonné, quand bien même les entreprises concernées poursuivraient leurs négociations en vue de la conclusion d’un accord sous une autre forme”. Amelia Torres, porte-parole de la Commission, a qualifié cette décision de “malheureuse” et déclaré que l’exécutif bruxellois étudiait l’opportunité de faire appel. Pour autant, cette volte-face bruxelloise ne changer rien. Une telle fusion n’est plus du tout à l’ordre du jour aujourd’hui. Car deux catastrophes sont tombées sur la tête de WorldCom. L’éclatement de la bulle télécom et surtout la découverte d’une fraude comptable historique de 11 milliards de dollars ont plombé l’opérateur. Le groupe a ainsi été placé sous le régime des faillites et a du épurer ses comptes de plusieurs milliards de dollars. Il a également changé de nom en 2004 pour se rebaptiser MCI. Et l’opérateur n’est pas sorti d’affaires. La sortie du Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, si elle a pu pendant un court moment laisser croire à un retour du géant des télécoms, ne peut plus cacher l’état catastrophique des finances du groupe. Baisse de 15% des ventes trimestrielles, à 5,2 milliards de dollars, perte nette en très forte progression à 71 millions de dollars, suppression de plus de 15.000 postes, soit 28% des effectifs, difficile de se relever d’un scandale dont la profondeur reste inconnue.


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