Sysadmin : un métier plus ou moins condamné ?

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L’automatisation de la production informatique va bouleverser le métier des administrateurs systèmes. Et, au passage, réduire drastiquement leur nombre.

Article mis à jour, le 30/04 à 12h10

Le constat n’a pas pu échapper aux DSI et responsables de production informatique des grands comptes : les ratios entre le nombre d’administrateurs système (ou sysadmin en jargon) et le nombre de serveurs pris en charge qu’affichent les start-up du Web n’a rien à voir avec ceux qu’ils connaissent dans leur organisation. « Les sociétés très automatisées arrivent à superviser un grand nombre de serveurs avec très peu de personnes », observe Christine Ebadi, qui dirige le laboratoire d’innovation et d’apprentissage Icelab, que vient de monter la SSII D2SI. Spécialisée dans l’automatisation, le Cloud ou le devops, cette société a organisé à la mi-mars un événement – The Incredible Automation Day – montrant largement cette transformation de l’informatique.

Chez BlaBlaCar, start-up spécialiste du covoiturage, les architectes sont ainsi au nombre de 7 et gèrent l’ensemble du parc (242 serveurs physiques, 109 machines virtuelles tournant dans deux datacenters, et 110 instances Amazon EC2). On retrouve des chiffres identiques chez Airbnb, la start-up proposant des locations temporaires partout dans le monde. Contre couramment plusieurs centaines d’admin chez des grands comptes.

Un chantier qui fait peur

Bien sûr, la taille des SI, l’hétérogénéité des technologies, leur âge sont incomparables, mais ces chiffres illustrent les enjeux d’une forte automatisation de la production. « Les DSI savent que l’IT est en train de se transformer, pense Christine Ebadi. Ils se posent surtout la question du comment : comment amener leurs équipes vers ces nouveaux paradigmes ? Ce chantier fait un peu peur évidemment, d’autant que la question de l’emploi en France est toujours complexe. Mais les DSI sont poussés par des individus moteurs au sein de leurs équipes, qui savent que leur propre employabilité dépend en partie de leur appréhension de ces sujets ».

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Ebadi D2SI
Christine Ebadi, D2SI

Cette ancienne de la DSI de la Société Générale explique que cette transformation doit passer par quatre étapes. « Avant d’être une question d’outils (l’automatisation a vu naître toute une génération d’outils Open Source, NDLR), c’est une démarche. Il faut commencer par repartir du fonctionnel, en se posant des questions simples : quelles sont les tâches que j’effectue ? Pourquoi ? Pour qui ? Ces questions sont souvent évacuées par les équipes en charge des infrastructures, qui perdent de vue les métiers et leurs contraintes du fait du silotage très poussé de leurs activités. » C’est sur ce canevas de départ que doivent être bâties des métriques permettant d’évaluer le temps consacré à chaque tâche (par exemple un passage en production), afin de le mettre en regard des priorités métier. La troisième étape de ce viatique consiste à bâtir ce que Christine Ebadi qualifie de jeu de Lego : des services unitaires dotés d’une API normalisée (création d’un espace base de données, d’une VM, augmentation de CPU, etc.). « Dans les DSI traditionnelles, toutes ces tâches sont effectuées à la main. Et on ne peut pas découpler un service d’un autre », précise celle qui a rejoint D2SI l’année dernière. Enfin, un orchestrateur (comme l’outil Open Source Chef par exemple) permettra de faire travailler ces services unitaires de concert.

De 100 postes… à 5

« Est-ce qu’il faut s’attendre à des résistances ? Evidemment, reprend Christine Ebadi. Mais l’automatisation est un phénomène global, dépassant largement les sysadmin. Ces derniers peuvent soit se refermer sur eux-mêmes, et risquent de ne plus être employables, soit développer de nouvelles compétences pour devenir eux-mêmes créateurs de cette automatisation. » Pour la responsable du labo Icelab, qui se positionne précisément comme un incubateur des métiers IT de demain, cette transformation des métiers de l’infrastructure offre des perspectives enthousiasmantes aux administrateurs système, avec des tâches moins répétitives. « Il y a là tout un nouveau champ à défricher : créer des services, en réaliser l’orchestration, faire vivre ces services unitaires dans le temps… Cette mutation repositionne aussi les équipes infrastructure dans la chaîne de valeur métier. »

A condition… d’être dans le bon wagon. Car tous les sysadmin – de véritables bataillons chez les grands comptes, rappelons-le – ne deviendront pas des architectes des infrastructures automatisées. « Avec l’automatisation et le Cloud, la population des administrateurs systèmes va se réduire à pas grand-chose, tranche Christine Ebadi. Quand j’utilise Amazon Web Services, je n’ai plus besoin de sysadmin dans mes équipes. Ce métier ne va bien sûr pas disparaître, mais le volume d’emplois va se stabiliser à des niveaux très différents de ceux qu’on connaît aujourd’hui. Le constat est similaire pour les administrateurs réseaux. » A titre indicatif, pour 100 emplois existant, 5 pourraient être, une fois l’automatisation achevée, encore nécessaires. Une perspective qui a de quoi laisser perplexe les DSI, tant le chantier RH s’annonce périlleux. D’autant qu’ils doivent aussi s’attendre à être freinés par le management intermédiaire. « Ce dernier reçoit aujourd’hui des objectifs basés sur le contrôle d’équipes effectuant des tâches répétitives, observe la responsable d’Icelab. Demain, on va lui demander de devenir un catalyseur de l’automatisation. C’est une transition difficile. »

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