Big Data, sécurité, co-innovation : les remèdes du Dr Touraine pour l’e-santé

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Marisol Touraine a présenté son plan e-santé 2020. Big Data, Living Labs, simplification des démarches et la sécurité sont au programme.

C’est la rencontre entre deux mondes qui se font face, celui du digital est marqué par la rapidité et l’agilité. Quant à celui de la santé, il est caractérisé par la prudence. « Et à la croisée de ces deux mondes, il y a l’e-santé », explique Marisol Touraine dans son discours de présentation du plan e-santé 2020. La ministre de la santé justifie ce plan par l’accélération des innovations numériques en santé. Les exemples sont nombreux : opération à distance, impression en 3D de prothèse et bientôt d’organes, Internet des objets sur des équipements médicaux, l’intelligence artificielle pour optimiser les diagnostics et les traitements.

Autant de bouleversements qui nécessitent un plan d’attaque pour accompagner les professionnels de santé, les patients et les pouvoirs publics dans cette mutation technologique. La ministre a donc rendu son ordonnance en fixant 4 priorités.

Un plan Big Data et un administrateur des données de santé

Le premier point concerne la médecine connectée et plus encore le Big Data. Comme nous l’avons vu précédemment, l’IoT adapté à la santé et l’intelligence artificielle sont gourmands en données et en produisent aussi beaucoup. Il est donc essentiel de pouvoir les indexer, les analyser et les valoriser. Marisol Touraine a lancé un plan Big Data en santé, fruit d’un groupe de réflexion lancé en septembre 2015. Ce groupe composé d’experts a mené des débats autour de 4 problématiques : le Big Data pour quels usages; les aspects éthiques et juridique du Big Data en santé; quelles infrastructures mettre en place; et quel modèle économique et sociétal doit-on privilégier. Le groupe doit rendre ses conclusions à la fin de l’année 2016.

Il reste maintenant à savoir quelles sont les sociétés qui pourront répondre aux appels d’offres sur ce plan Big Data en santé. Deux acteurs américains sont déjà fortement présents dans ce domaine, Google et IBM. David Kenny, en charge de l’activité Watson d’IBM a confirmé la semaine dernière qu’il travaillait avec un établissement de santé en France, sans en donner le nom.

Le plan Big Data s’accompagne en parallèle d’une politique d’Open Data, une ouverture maîtrisée, rappelle la ministre qui a décidé de créer un administrateur des données de santé pour accélérer cette politique.

Une application mobile pour le DMP

Le second point est de faciliter les démarches administratives des patients. Marisol Touraine aimerait s’inspirer de l’initiative « blue button » aux Etats-Unis qui permet aux patients d’accéder en ligne à son dossier médical. La ministre souhaite le développement d’une application mobile pour que le patient puisse télécharger son dossier médical partagé et, à terme, il pourra aussi récupérer des dossiers médicaux hospitaliers. Toujours dans une optique de meilleure information du patient, l’accent va être mis sur l’empowerment (« empouvoirement » ou la responsabilisation) avec la mise à disposition d’informations scientifiques et médicales sur la maladie et ses traitements. Mais aussi à travers le témoignage d’autres patients ou de leur entourage.

Co-innovation et Living Labs

Le troisième point porte sur l’aide à la co-innovation entre professionnels de santé, patients et acteurs économiques. Ce soutien peut prendre plusieurs formes. Ainsi, l’Etat peut faciliter les échanges précoces entre les start-ups dans le domaine de l’e-santé avec les professionnels, les patients et les acteurs de la réglementation. Autre idée, l’accompagnement des Living Labs qui sont des laboratoires de rencontres entre des entrepreneurs et les utilisateurs sur des objets et services qu’ils conçoivent. Le bénéfice de ses laboratoires est d’avoir une innovation au plus près des besoins et des usages. Plusieurs Living Labs existent, mais le gouvernement veut encourager leur développement et les faire connaître.

Un plan de sécurisation renforcé

Enfin dernier point, la sécurité. Pour Marisol Touraine, « elle est la condition sine qua non de la confiance et de l’acceptabilité de l’innovation ». Il s’agit donc d’une priorité et elle prévoit la mise en place rapidement d’un plan d’action de la sécurisation des systèmes d’information en santé. Ce plan découlera de la politique générale de sécurité des systèmes d’information de santé (PGSSI-S).

Il est vrai que les données de santé sont de plus en plus la cible des cybercriminels. Plusieurs affaires aux Etats-Unis ont montré que la donnée de santé est la plus recherchée et donc la plus chère sur les places de marché du Dark Web. On note par ailleurs une augmentation des risques de ransomwares spécifiques aux équipements de santé avec comme finalité le vol de données patients. En France, la santé est considérée comme un secteur d’importance vital et, à ce titre, l’ANSSI a publié récemment les arrêtés sectoriels dont un sur le secteur de la santé. D’autres interrogations devront être mises sur la table comme le rapport de la Cour des comptes sur les données de santé qui pointait du doigt la faiblesse du dispositif de chiffrement des données baptisé FOIN (fonction d’occultation des identifiants nominatifs). Il repose sur l’algorithme de hachage SHA-1 considéré comme obsolescent.

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crédit photo : Brian A Jackson – shutterstock

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