Fibre : le Plan France THD ne sera pas réalisé

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Selon l’Avicca, le plan France THD ne sera tenu qu’à moitié en matière de déploiement de la fibre. La faute aux opérateurs privés qui ne respectent pas leurs engagements.

Si le déploiement des prises FTTH progresse inexorablement en France, il est « encore loin de suffire à tenir les objectifs du Plan France THD », selon l’Avicca. L’Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel appuie ses observations sur les dernières données en date de l’observatoire du marché de l’Arcep au premier trimestre 2017 ainsi que celui de l’Agence du Numérique chargée de la supervision du plan France THD. Rappelons que ce dernier prévoit que le territoire soit intégralement couvert en très haut débit (THD) d’ici 2022 dont 80% en fibre de bout en bout (FTTH).

Selon les données de fin 2016, le volume annuel de construction des prises FTTH est passé à 2,2 millions. Insuffisant, juge l’Avicca qui rappelle qu’il en faudrait 3,2 millions en moyenne pour tenir les objectifs. Au rythme actuel, dans 5 ans, la France comptera moins de 13 millions de lignes fibre contre 26,6 millions à déployer. « La question n’est pas de savoir si le verre est à moitié plein ou vide, mais à quelle vitesse il peut se remplir », ironise Patrick Chaize, le président de l’association.

Politique d’écrémage des prises

L’Avicca regrette notamment la politique d’écrémage des prises les plus rentables des opérateurs privés. Selon l’association, ces derniers ne pourront pas tenir leurs engagements de couverture de la zone AMII (appel à manifestation d’intentions d’investissement), ou zones moyennement denses hors réseaux d’initiative publique (RIP), d’ici 2020. Seul un quart des prises fibre a été construit. Sur les 3 400 communes concernées, seules 652 ont commencé à voir l’arrivée de la fibre (dont moins de 50% pour 480 d’entre elles et moins de 1% pour 26 communes). « Plus de 5 millions de logements et de locaux professionnels sont gelés : l’opérateur qui a déployé la partie du réseau la plus rentable a laissé la moitié des prises de côté », dénonce l’association en se gardant de citer Orange. Même si le déploiement s’accélérait, l’Agence du Numérique considère qu’il restera 3 millions de prises à fournir après 2020. « Comme il s’agit des plus coûteuses, le doute s’installe chez les élus locaux et la colère pourrait monter pour les entreprises et particuliers concernés, souvent déjà mal desservis en cuivre », craint l’Avicca.

Si les collectivités montrent plus d’enthousiasme dans le cadre des RIP avec un millier de communes en chantier aujourd’hui sans discrimination de prises, leurs difficultés sont également plus grandes. « Les prises que les collectivités ont à construire sont en moyenne 3,5 fois plus longues et coûteuses que celles de la zone privée », souligne l’Avicca. Qui en appelle au régulateur pour qu’il « accentue fortement sa pression » sur Orange afin de faciliter l’accès au génie civil de l’opérateur historique. Suite à la consultation publique lancée en ce sens, l’Autorité devrait se prononcer au début de l’été sur l’ouverture du réseau fibré d’Orange.

30% d’adoption

Sous ce flot de nouvelles inquiétantes émergent quelques signes positifs à travers un taux d’adoption qui atteint 30%. Mais au risque que les principaux opérateurs fibre, Orange et SFR pour ne pas les nommer, préemptent le marché dans certaines zones. L’Avicca fait remarquer que si le taux de mutualisation à deux acteurs atteint les 70% en zones denses, elle touche à peine 26% des réseaux de la zone publique « du fait des stratégies des deux principaux opérateurs verticalement intégrés ». La présence de trois opérateurs tombe à 35% dans les zones privées et elle est quasiment absente dans les RIP.

Bref, le tableau du déploiement de la fibre n’est guère réjouissant. Et l’Arcep est la première à le dénoncer à travers la voix de son président Sébastien Soriano qui, au colloque de l’Avicca du 23 mai dernier, rappelait que la France se situe à la 26e place du très haut débit fixe sur les 28 pays de l’Union européenne (et bientôt 27). Pour Patrick Chaize, « le nouveau gouvernement doit se saisir d’urgence de ces questions. Le Plan France Très haut débit a créé de bonnes bases, il faut vite construire sur elles. » Il est temps d’accélérer la marche vers la fibre.


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crédit photo : Tristan Nito

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