Frédéric Montagnon, Secret Media : « 662 dollars par an pour du contenu sans pubs »

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La start-up Secret Media vient de publier un livre blanc sur l’impact et les conséquences d’un Internet sans publicités. Son dirigeant et cofondateur, Frédéric Montagnon, témoigne.

Secret Media, start-up fondée à New York par les Français Frédéric Montagnon et Julien Romanetto, propose aux éditeurs de sites web une solution pour contourner les bloqueurs de publicité, préserver leurs revenus et maintenir l’accès gratuit aux contenus. Un choix assumé dans une étude sur les conséquences d’un web sans publicités (« A Web Whithout Advertising »). Témoignage.

Deux tiers des internautes privés de Web ?

Frédéric Montagnon
Frédéric Montagnon

Aux États-Unis, selon Reuters Institute, 47% des internautes déclarent utiliser régulièrement des bloqueurs de publicité, une proportion qui atteint 55% chez les 18-24 ans. Et le phénomène se développe partout dans le monde. En France, le taux d’utilisation peut atteindre 40% sur les sites high-tech. Il n’est pas simple, malgré tout, de déterminer le coût d’un Internet sans publicités.

« Dans notre analyse, nous considérons le marché US uniquement, et s’il fallait remplacer les revenus publicitaires par du paiement, les ménages devraient payer en moyenne 662 dollars par an chacun pour les services et contenus qu’ils consomment. Bien entendu, tous ne le feraient pas. Il faudrait par conséquent que ceux qui paient, paient encore plus », explique à la rédaction Frédéric Montagnon. Avant d’ajouter : « le véritable effet de bord d’un tel changement serait de couper l’accès à probablement plus des deux tiers des 3 milliards d’utilisateurs d’Internet dans le monde, des internautes qui n’auront pas les moyens de se payer cet accès. »

Face aux bloqueurs de publicités

Secret Media propose aux éditeurs de sites web un outil fonctionnant comme un adserver qui génère un code différent à chaque appel. L’outil permet de continuer à diffuser des messages publicitaires, y compris lorsqu’un bloqueur comme AdBlock Plus, par exemple, est installé. Pour le moment, la start-up fondée par deux des créateurs d’OverBlog travaille uniquement sur les formats publicitaires vidéo et « fait en sorte que la publicité que décide de diffuser l’éditeur ne soit pas bloquée par les adblockers. » Et Secret Media se rémunère sur le nombre de publicités réaffichées. L’objectif annoncé : préserver le modèle d’accès gratuit à des contenus financés par la publicité.

Pour la jeune pousse, il est donc préférable que les éditeurs de contenus et les annonceurs trouvent des parades aux adblockers, plutôt que de collaborer avec eux comme le fait Google, par exemple. « Collaborer consiste à financer le développement [des bloqueurs de publicité]. Il me semble que c’est une mauvaise idée », commente Frédéric Montagnon. De plus « cette ‘collaboration’ se limite aux liens texte et ne concerne pas les autres formats qui constituent le gros des revenus pour les éditeurs de presse. »

Sites, annonceurs et internautes

Mais les utilisateurs de bloqueurs de publicité sont toujours plus nombreux (144 millions d’utilisateurs actifs mensuels, selon Pagefair). Les annonceurs craignent-ils les adblockers comme les taxis craignent Uber ? « Les annonceurs n’ont pas véritablement pris conscience que les adblockers les empêchent de toucher plus de 30% de leur cible en France, poursuit Frédéric Montagnon. Si vous êtes une marque qui s’adresse à des hommes de moins de 30 ans, c’est près de 50% de votre cible que vous ne pouvez plus toucher. Comme dans le même temps, on peut de moins en moins toucher ces populations en télé, les annonceurs vont sans aucun doute exiger rapidement des éditeurs en ligne qu’ils trouvent une solution pour toucher leur cible », car les marques paient les éditeurs de sites pour de la visibilité.

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crédit photo © Rrraum-shutterstock

Auteur : Ariane Beky
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