Quand l’IA vient supplanter les experts en assurance

Big DataData & StockageDSIProjets

Saretec, société d’expertise en assurance, développe des algorithmes de Machine Learning pour automatiser des pans entiers de son activité.

L’intelligence artificielle (IA) pour suppléer l’expertise en assurances, voire, dans certains cas, remplacer les experts ? C’est la voie qu’a choisi d’explorer Saretec, une société spécialisée dans l’expertise pour les compagnies d’assurance employant 1200 collaborateurs, dont 400 ingénieurs. « Depuis plus de 20 ans, nous avons fait le choix de structurer les données que nous recueillons, explique Jean-Vincent Raymondis, le directeur général adjoint de cette société réalisant un chiffre d’affaires d’environ 120 millions d’euros. Depuis six ans, les données que nous collectons sont même très complètes. »

C’est sur cette base que Saretec s’est lancé dans le développement de solutions d’expertise fournies sous forme d’API ou de service Saas aux assureurs. « L’idée est de s’appuyer sur les données accumulées pour embarquer dans un service l’expérience de nos experts », résume Jean-Vincent Raymondis. Soit plusieurs millions de sinistres en base de données, dont un million avec des renseignements très précis (comme des données sur la nature des bâtiments), auxquels Saretec est venu agréger des données en Open Data. L’objectif ? Relever, via ces applications prédictives, le seuil à partir duquel les experts devront se déplacer. « On peut raisonnablement estimer que ce seuil pourra passer de 500 à 3000 euros par exemple », estime le DGA de Saretec. Gonflé pour une entreprise qui vend précisément des prestations d’expertise ! « Nous avions la conviction que si nous étions en mesure de le faire, d’autres le pourraient aussi », tranche Jean-Vincent Raymondis, pour justifier cette auto-cannibalisation des marchés historiques de la société.

Collection d’API

Saretec1
Le bot SelfCare.

Reste que développer cette nouvelle gamme de services, sous la marque SmartCare, n’a pas été forcément une promenade de santé. Le projet a mis trois années à atterrir. « On a découvert que pour faire de l’IA, il faut mobiliser des personnes ayant une connaissance profonde du métier, à même de retranscrire des informations complexes ou parcellaires », détaille Jean-Vincent Raymondis. Saretec a même développé une interface permettant à ces experts de décrire leurs règles métier pour les retranscrire en algorithmes.

Sur la base de modèles conçus en interne, Saretec a ouvert il y a un an sa plate-forme d’API. « Nous sommes aujourd’hui en phase d’industrialisation », explique le dirigeant, suite à un prototype réalisé en fin d’année 2016 avec un grand assureur avec lequel Saretec assure aujourd’hui être en voie de contractualisation. Deux autres compagnies d’assurance sont également en train de tester le concept. L’ambition de Saretec n’est pas de développer une seule API, mais bien une collection de services. « Un pour chaque type de sinistres », dit Jean-Vincent Raymondis. La société a pour l’heure mis au point DirectCare, pour les gestionnaires de sinistres travaillant pour les assurances, LinkCare, pour les agents et courtiers, ainsi que SelfCare, un bot destinés aux particuliers qui sert également de démonstrateur des services proposés par Saretec.

Prédire les conséquences des événements climatiques

En parallèle de ces travaux, la société s’est aussi intéressée à la modélisation des catastrophes naturelles, afin de fournir des services de veille et d’alerte aux assureurs. Lancée depuis 2011, cette initiative a donné naissance à Vega, une application permettant de prédire les conséquences d’un événement climatique extrême. « Aujourd’hui, les assureurs se basent sur des éléments macroscopiques comme ceux fournis par Météo France. Notre idée est de descendre à une maille bien plus fine, à l’échelle d’un bâtiment », explique Jean-Vincent Raymondis. Pour ce faire, la société peut, une fois encore, se baser sur les données des sinistres qu’elle emmagasine depuis des années. Chez chaque assureur, le modèle est affiné avec les données propres à la compagnie. « Un service comme Vega doit permettre aux assureurs d’aller vers davantage de prévention, en leur donnant la capacité de lancer des alertes plus précises à destination de leurs clients », veut croire Jean-Vincent Raymondis.

Saretec3
Les prévisions de Saretec avant l’épisode orageux du 9 juillet dernier.

Le dirigeant estime que le niveau de fiabilité du service est désormais suffisant pour lancer la commercialisation. Vega, co-développé avec deux assureurs, sera vendu quelques milliers d’euros par mois, sur abonnement. L’application, mise au point par deux personnes à temps plein chez Saretec, devrait à terme être également disponible sous forme d’API.

Aux métiers eux-mêmes d’innover

Comme SmartCare, Vega n’est pas né d’une direction de l’innovation ou d’une Business Unit séparée. L’application est directement issue des métiers eux-mêmes. « Si on veut transformer l’entreprise, il faut impliquer les collaborateurs », explique le directeur général adjoint, pour qui c’est l’interaction entre les experts et les Data Scientists qui est susceptible de donner naissance à des applications innovantes. Saretec s’est fixé pour objectif de générer plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires avec ses services numériques d’ici à deux ans. « Et ce, même si une part de ce CA viendra cannibaliser nos activités traditionnelles. »

A lire aussi :

Crédit Mutuel : « non, l’IA Watson n’est pas magique »

Big Data : comment AG2R La Mondiale apprivoise Hadoop

La Maif se mue en assureur militant de la dataviz


Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur