Julien Coulon, Cedexis : « La France s’est endormie sur les lauriers de l’ADSL» [MAJ]

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Fort de 10 milliards de données collectées par jour, Cedexis analyse l’état de santé global du Net en temps réel. Et s’inquiète de la situation en France.

« La croissance du trafic est plus rapide que la croissance des débits des opérateurs, s’inquiète Julien Coulon (photo ci-dessus), fondateur de Cedexis. On voit des bouchons de plus en plus importants. » Le dirigeant est bien placé pour le savoir. L’activité de Cedexis de proposer le meilleur chemin possible pour optimiser les connexions Internet s’appuie sur l’analyse en temps réel de l’état de santé de l’infrastructure mondiale (Cloud, datacenter, peering, transit) à partir de petits codes Javascript déployés dans les pages des sites partenaires. Une analyse qui s’appuie sur une audience cumulée entre 500 et 900 millions de sessions par jour et fait remonter quelque 10 milliards de données quotidiennement. « Du Big Data mais qui prend des décisions en temps réel », précise Julien Coulon.

Fort de cet Himalaya de données, le responsable revient sur l’état du trafic. Particulièrement en France. Selon lui, l’Hexagone prend du retard sur ses voisins européens. « Quinze pays en Europe accèdent plus rapidement à un site français hébergé en France qu’un utilisateur depuis la France. Entre deux et trois secondes plus rapidement. L’impact de la latence s’élève entre entre 1,3 et 1,8 fois de chiffre d’affaires perdu. » Pour lui « on s’est endormi sur les lauriers de l’ADSL. » Et l’accélération du déploiement de la fibre ces derniers mois n’a pas encore d’effets notables. « Il y a beaucoup d’effet d’annonce [autour du très haut débit] mais il serait temps que cela se transforme en réalité. »

La France décroche dans le haut débit

En attendant, la France se retrouve plus près du niveau des pays du Sud, l’Espagne et l’Italie, quand l’Estonie, la Suisse, les Pays-Bas, le Danemark ou encore la Norvège affichent les meilleures progressions. Une situation que notre interlocuteur explique, là encore, par une faiblesse de l’infrastructure. « Les acteurs qui s’interconnectent au point d’interconnexion France-IX sous dimensionnent leur liens alors que les nœuds réseau de Francfort, Amsterdam ou Londres sont upgradés en permanence. » France-IX tient à nuancer cette analyse. « Nos liens intrasites n’excèdent pas les 30% de remplissage [et] nous investissons régulièrement pour s’assurer de rester en dessous des 30% », nous a précisé, après publication de l’article, le point d’interconnexion. Qui ajoute avoir doublé la capacité de son backbone ces 18 derniers mois (voir le droit de réponse en bas d’article).

Mais l’analyse de la situation n’est-elle pas faussée par l’alourdissement du poids des pages testées par Cedexis ? « Comment expliquer alors l’amélioration de cette performance à l’étranger ? », se défend Julien Coulon. Qui ajoute que « certains pays passent directement à la fibre sans passer par l’ADSL, voire à la 4G. »

Au moins, la France est-elle épargnée par la censure du Net, pour le moment du moins. « Je vois de plus en plus de tests à l’international de pays qui coupent l’accès Internet à leur citoyens, témoigne le responsable. C’est un peu inquiétant en matière de neutralité du Net et de démocratie. » Et de citer les exemples de l’Algérie qui, sous prétexte d’éviter les tentatives de tricherie, a coupé l’accès au Net du pays lors des examens du bac. Ou encore le Japon où une grosse partie du pays a été privée d’Internet moins d’une heure après la survenue d’un tsunami. « Etait-ce un vrai problème technique ou un moyen de maitriser les foules ? La question mérite d’être posée, estime Julien Coulon qui juge ces tests de coupure excessifs et inquiétants. » Et qui font voler en éclat le mythe du protocole IP taillé pour maintenir les liaisons quel que soit l’état du réseau.

Expansion internationale

A défaut d’être en mesure d’améliorer la santé du web français, le fournisseur entend bien optimiser les performances des sites de ses clients. En début d’année, Cedexis levait près de 23 millions de dollars pour assurer son expansion internationale. Après Paris, Londres, New York, San Francisco, Portland, la Suisse et TelAviv, l’entreprise ouvre un bureau à Barcelone. Celui de Singapour est programmé pour début 2017. En Chine, marché stratégique s’il en est, Cedexis a finalisé son infrastructure autour de 6 datacenters sur la centaine exploitée dans le monde. « Cela nous permet d’être nettement plus rapides que les acteurs qui font de la résolution de DNS », assure le responsable. Et de faire de ses fournisseurs de Cloud des clients. « Les plates-formes Cloud viennent frapper à notre porte pour optimiser leur politique de peering avec notre système d’alerte qui indique les meilleures routes à prendre. Le marché est devenu biface. »

Les investissements se portent également dans le développement des solutions et des offres. « Nous recrutons des ingénieurs », glisse Julien Coulon. Ces développements se traduisent par l’arrivée récente de nouvelles offres : Buffer Killer, qui vise à réduire la latence de chargement des vidéos; Et Impact, qui analyse chaque élément d’une page pour repérer celui qui génère le plus de latence afin de l’optimiser. Encore en beta, l’application est aujourd’hui testée auprès de 30 clients.

Aujourd’hui, Cedexis compte près de 200 clients en « aiguillage » et un millier en monitoring (en freemium pour un grand nombre). Dont, récemment, Al Jazira au Moyen-Orient ou Lenovo en Chine qui viennent rejoindre Mozilla, Bloomberg, Microsoft ou encore Linkedin à qui Cedexis déclare faire gagner 1 million de minute d’audience par semaine en palliant les micro-pannes. En 2015, l’aiguilleur du Net a annoncé 10 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 75 salariés.

Droit de réponse de France-IX : Nous avons une politique rigoureuse de suivi de l’usage des ports de nos membres. Même s’il est arrivé par le passé que quelques membres aient sous-dimensionné leur débit d’interconnexion à France-IX, en rapport avec une croissance de trafic plus rapide que leur capacité à faire évoluer certaines interconnexions, nous effectuons désormais un suivi automatisé avec des alertes en cas de dépassement de seuil de consommation sur les ports des membres: tout ceci afin de les inciter à augmenter leur débit d’interconnexion de façon anticipée, pour préserver une bonne qualité de service pour l’utilisateur final. Par ailleurs, les quelques cas isolés qui ont pu être concernés ne peuvent justifier la problématique plus globale mentionnée par Cedexis, alors même que France-IX interconnecte des centaines de réseaux différents. 

En ce qui concerne nos liens de cœur de réseau qui assurent l’interconnexion de nos différents points de présence, ils n’excèdent pas les 30% de remplissage, même lors de pics de trafic, et nous investissons régulièrement dans l’infrastructure pour nous assurer de rester en dessous de ce seuil. Une carte publique montrant l’usage de l’ensemble de nos liens est par ailleurs disponible sur notre site web, en toute transparence et nous avons déployé récemment des sondes sur l’ensemble de nos sites afin d’avoir une matrice complète des temps de traversée de notre infrastructure, lesquelles données seront également bientôt accessibles.

[Article mis à jour le 10/10]


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