Analyse : pourquoi le Cloud privé de Salesforce n’est pas réellement un Cloud privé

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Dreamforce 2013 – Salesforce et HP ont annoncé un accord de partenariat d’autant plus intéressant qu’il remet un peu en cause les principes originels de la vision Cloud de Salesforce, brisant la logique IaaS du pionnier du Cloud.

HP PODMeg Withman, dirigeante d’HP, est venu dire deux mots et serrer la main de Marc Benioff, CEO de Salesforce, lors de la manifestation annuelle de l’éditeur Cloud, Dreamforce. Et pour cause ! Elle vient de signer un partenariat avec Salesforce pour offrir aux grands clients de la plateforme Cloud la possibilité d’installer une instance Salesforce sur un Superpod dédié, fourni par HP (en photo ci-contre).

« Le Superpod combine le logiciel multitenant de Salesforce.com avec du matériel dédié HP, conçu pour l’utilisation par un client unique, » a souligné Marc Benioff. « HP nous a demandé de pouvoir disposer de Salesforce en multitenant sur leur Superpod. Ainsi, nous pouvons proposer cette combinaison dans n’importe lequel de nos datacenters dans le monde. »

Où se situe l’entorse aux principes ?

Le pionnier du Cloud, qui réaffirme sans cesse sa vision originelle sans compromis, vient donc d’accéder lui aussi au pragmatisme économique. En effet, qu’est-ce qu’un POD ? Le POD (Performance Optimized Datacenter) est un datacenter tout-en-un intégré, tenant dans un container totalement autonome et autogéré. Les seules choses en sortie sont un câble électrique et des câbles de connexion pour réseau de télécommunication.

« Dans nos datacenters, nous installons régulièrement ce type de pods, même si les clients ne le savent pas. Cette offre peut également permettre de choisir où sont installées les instances et les données », explique le dirigeant.

Pour comprendre combien cette annonce vient bousculer l’ordre établi, quelques rappels s’imposent. Dans la conception Cloud, le SaaS (service applicatif) est un logiciel unique dont une instance est générée pour chaque client. Ainsi, lorsque tout client utilise une fonction, il fait appel au même code que n’importe quel autre client. Avantage : tout le monde utilise la même version à tout moment… puisqu’il n’y en a qu’une. Et les mises à jour sont immédiatement disponibles pour tous.

Le SaaS repose sur une plate-forme logicielle intermédiaire, ou PaaS, désormais baptisée Salesforce1 chez l’éditeur (Lire Salesforce remet à plat ses fondamentaux avec Salesforce1). Bien entendu, ce PaaS est également unique pour tous les clients.

Enfin le PaaS s’appuie sur un socle matériel cohérent considéré comme un tout unique, et orchestré par un logiciel d’administration qui alloue automatiquement les ressources en fonction des besoins. Lorsque les équipes de Salesforce ajoutent de nouveaux serveurs, unités de stockage, équipements de stockage ou de sécurité…, ils sont gérés comme autant de ressources supplémentaires par ce logiciel d’administration : processeurs, mémoire, espace de stockage…

Cette mutualisation des moyens avec allocation dynamique ‘transparente’ confère l’aspect mutitenant à l’infrastructure : un ensemble global de ressources considéré comme une puissance unique allouée ou reprise selon les besoins à l’un ou à l’autre des utilisateurs.

En intégrant à cette infrastructure un élément autogéré avec ses propres logiciels, Salesforce rompt avec cette approche IaaS. Certes, cela ne va pas bouleverser le monde informatique. Toutefois, si cette entorse au principe prenait de l’ampleur, que resterait-il de l’approche IaaS qui apporte non seulement une mutualisation des infrastructures, mais également une cohérence technologique et une maîtrise de bout en bout de la chaîne ?

Une pratique qui devrait rester confidentielle

Conscient de cette « dérive », Marc Benioff joue les prestidigitateurs en détournant l’attention : « Le logiciel installé dans le Superpod reste une instance dédiée. Ce logiciel est donc toujours en mode multitenant, puisqu’il s’agit d’une instance comme les autres, maintenue et mise à jour par Salesforce. »

Heureusement ! Sinon, on aurait alors pu qualifier cette offre de « Cloud privé », et l’unicité du logiciel tant prônée aurait été balayée. Le pionnier du Cloud aurait renoncé ainsi à ses principes originaux. Il n’en est rien : l’offre Superpod n’est pas du Cloud privé.

Si le principe de l’IaaS a été écorné, cette entorse sera d’une ampleur limitée. Et le dynamique CEO le confirme : « Nous gérons des dizaines de POD, auxquels viendront s’ajouter –à terme- une ou plusieurs dizaines de POD dédiés. Cela concerne uniquement des clients précis ayant des besoins spécifiques avec un niveau de performances que nous ne pouvons pas forcément garantir actuellement avec notre infrastructure.»

Selon nos informations, les clients de ce genre se comptent sur les doigts d’une ou deux mains, et resteraient des exceptions. Cependant, ces profils sont fortement représentés parmi les clients d’HP, comme le sait Mars Benioff qui a expliqué : « La Converged Infrastructure d’HP dans ces Superpod représente un véritable catalyseur.»

En complément : l’actualité de Dreamforce 2013

CRM : Salesforce remet à plat ses fondamentaux avec Salesforce1

Salesforce se met au Cloud privé avec HP


Auteur : José Diz
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