Bertrand Pourcelot (Centile) : « Amener les fonctions du PABX au GSM »

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Centile, éditeur de solutions de gestion de PABX pour les opérateurs, élargit son offre à la mobilité en déployant les services du PABX sur le GSM. Une offre qui fait ses preuves à l’étranger avant d’intéresser, potentiellement, les acteurs français.

Présent sur le marché des télécoms depuis une douzaine d’années, Centile Telecom Applications développe des solutions de communication unifiée à destination des opérateurs, nationaux comme régionaux. Deux produits illustrent principalement son offre : ISTRA SP, la plate-forme qui permet aux opérateurs de proposer des services hébergés de communication unifiée aux entreprises, mais aussi des services résidentiels IP pour les particuliers et des services de convergence fixe-mobile (continuité de la communication, synchronisation des appels fixes et mobiles, etc.) ; et ISTRA Entreprise, solution de téléphonie privée installée au sein de l’entreprise qui peut administrer l’ensemble des services de ses sites depuis un IPBX centralisé.

Aujourd’hui que le modèle du Centrex IP renaît de ses cendres sous de nouvelles appellations marketing (voice as a service…), Centile connaît une accélération de ses activités. « Alors que nous tournions avec des croissances de l’ordre de 30 % ces trois dernières années, nous avons connu une augmentation de 80 % de notre chiffre d’affaires sur la période 2010-2011 », nous confie Bertrand Pourcelot, directeur général de l’éditeur installé à Sophia-Antipolis qui emploie une trentaine de personnes. Bretagne Telecom, Acropolis Telecom, Nerim, RMI Adista, en France, Elisa (Finlande), Orange Business Services Russie, Voz Telecom (Espagne) ou encore Banhof (l’hébergeur de Wikileaks en Suède), à l’international, comptent parmi ses clients.

Retrouver les fonctionnalités d’un terminal fixe sur mobile

L'offre de services fixes de Centile sur iPhone

Mais la tendance est aujourd’hui à la mobilité. Un phénomène que Centile adresse d’ores et déjà avec sa solution ISTRA Mobile. Le concept ? « Notre approche consiste à amener les fonctions du PABX au GSM », explique le dirigeant. Autrement dit, l’offre permet de retrouver « toutes les fonctionnalités » d’un téléphone de bureau sur un terminal mobile. L’occasion de retrouver la conférence supervisée, le standard automatique, le transfert de la messagerie vocale vers un email, etc., sur son mobile. En pratique, la voix reste sur le réseau GSM tandis que la logique des services (groupement abonnés, affichage numéro…) est contrôlée depuis le cœur du réseau par l’opérateur ou depuis le PABX.

Pour l’heure, le concept peine à prendre en France. Les trois opérateurs mobiles historiques regardent de loin la solution préférant privilégier la convergence fixe-mobile, laquelle se limite souvent à une offre basique de messagerie et la fourniture forfaitaire de flotte de terminaux, mais sans remplacer le PABX, estime Bertrand Pourcelot. Il est vrai que le réseau mobile français ne permet pas de garantir la qualité de service sur l’ensemble du territoire. Ce qui n’est pas le cas de la Finlande, pays de Nokia et, donc, du GSM.

Convaincre les opérateurs français

Du coup, c’est en Finlande que Centile propose la primeur de ses services. « Nous avons signé avec Elisa pour déployer notre offre Centrex mobile, déclare le dirigeant, que le service soit opéré depuis un opérateur ou un PABX. » C’est fort de cette référence que Centile espère convaincre les opérateurs de s’intéresser à ISTRA Mobile même si la démarche nécessitera une approche plus mixte pour faire face aux trous du réseau GSM. « Le challenge pour Centile est de concrétiser le succès étranger avec un intégrateur pour adresser les opérateurs mobiles », confie Bertrand Pourcelot.

L’offre pourrait émerger par les opérateurs virtuels (MVNO) en France. « Le marché s’est fortement accéléré ces derniers mois avec l’apparition des ‘full MVNO’ Virgin Mobile, CIC Mobile, et Afone mobile qui y réfléchit. Ces mouvements font que les services à valeur ajoutée vont monter en force. » Et de mettre en avant la continuité de la communication (possibilité de continuer à faire sonner le poste fixe même quand le mobile est éteint ou indisponible et éviter de systématiquement basculer sur la messagerie), etc.

Un long chemin

Centile n’en garde pas moins la tête sur les épaules. « C’est un long chemin, car la voix mobile sur IP n’est pas à l’ordre du jour, regrette Bertrand Pourcelot qui voit dans la mobilité un très fort levier de croissance pour nous et qui n’est pas antagoniste, car les deux plateformes [fixe et mobile, NDLR] ont vocation à se rejoindre dans le monde du tout IP ». Ce qui nécessitera quelques longues années encore. Une situation que Centile prend en compte. « Nos offres sont pérennes dans le temps », assure notre interlocuteur qui encourage les opérateurs à installer les services maintenant sur leur réseau actuel tout en mettant à niveau leur infrastructure au fil des besoins plutôt que de créer une rupture totale.

Pour lui, l’offre de services à valeur ajoutée pour les opérateurs est un moyen de lutter contre les services de plus en plus intégrés par les constructeurs de terminaux, Android et iPhone en premier plan, et qui échappent de plus en plus à l’opérateur. « Plutôt que de vous faire prendre des parts par les Google et compagnie, nous vous donnons des armes pour valoriser vos infrastructures avec du service, leur adresse notre interlocuteur. Pour l’heure, les opérateurs conserve la main sur les mobiles. Mais jusqu’à quand ? » Bonne question. Les intéressés auront l’occasion d’en discuter avec Centile fin février à Barcelone où l’entreprise présentera officiellement son offre ISTRA Mobile au Mobile World Congress.


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