Les clusters européens du logiciel face à la Silicon Valley : si loin, si proches

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Une étude sur les 15 premiers clusters européens du logiciel évalue leurs forces et faiblesses. L’Ile-de-France apparaît bien placée, même si la capitale est devancée par sa rivale londonienne.

Commandée par le Software Cluster allemand, une vaste région championne du logiciel outre-Rhin avec notamment SAP, Software AG et 11 000 autres entreprises du software et des services, une étude menée par le Fraunhofer Institute recense les principaux clusters européens du logiciel. 15 régions sont ainsi identifiées, dont 5 poids lourds : Berlin, Londres, Stockholm, l’Ile-de-France et donc le Software Cluster allemand (partagé entre Darmstadt et Karlsruhe notamment). Ces 15 régions représentent 56,8 % du chiffre d’affaires du Truffle 100, classement des 100 premiers éditeurs européens réalisé chaque année par le fonds d’investissement Truffle Capital avec les cabinets d’études IDC et CXP (Lire Truffle 100 : les éditeurs européens investissent massivement dans le Cloud).

cluster logiciel EU

Des zones qui, à certains niveaux, s’approchent de la référence en la matière : la Silicon Valley. Sans toutefois l’égaler sur l’ensemble des critères. Cela s’explique par différents facteurs, selon les auteurs de l’étude, « comme la densité des entreprises, la disponibilité d’une main d’œuvre spécialisée, le partenariat avec d’autres industries, etc., mais également par d’autres facteurs d’ordre culturel, par exemple les différences nettes au niveau de la tendance à l’entrepreneuriat. »

Ile-de-France : un champion de la croissance

Dans ce panorama général, l’Ile-de-France brille par son capital humain (second sur ce critère), les conditions générales offertes aux entreprises (même classement) ainsi que sur le critère de l’emploi (part de l’emploi sectoriel dans la région et dans l’UE, 3e place). Des domaines où Paris est toutefois dominé par son rival londonien, qui se classe premier des 15 clusters européens en matières de conditions générales offertes aux entreprises et de capital humain.

L’Ile-de-France se détache par contre en termes de dynamique de croissance (seconde place derrière le cluster de la région de Varsovie, en Pologne). « C’est un aspect que nous étudions en Allemagne », explique le Dr Stephan Fischer, président du conseil d’orientation stratégique du Software Cluster et vice-président senior de SAP. Si le Software Cluster est premier en terme de chiffre d’affaires généré (SAP oblige), il n’est que 8e en matière de dynamique de croissance, raison pour laquelle il observe les caractéristiques de la région parisienne.

« Contrairement à leurs concurrentes américaines, les entreprises européennes du logiciel se développent sur un marché fragmenté, où cohabitent 27 langues différentes, explique Karl-Heinz Streibich, le Pdg de Software AG. La solution doit venir de l‘Union européenne, qui doit mettre en place des règles unifiées en matière de sécurité des données ou de standards pour l’IT et utiliser le pouvoir de l’achat public pour favoriser le décollage de l’industrie européenne. Ce sont ces instruments qui donneront à l’Europe un certain niveau d’indépendance par rapport à la technologie américaine. »

Merci la NSA !

S’y ajoute la faiblesse du capital risque en Europe, comme le montrent les chiffres fournis par Bernard-Louis Roques, directeur général et co-fondateur de Truffle Capital. Selon ce dernier, Israël investit ainsi 164 dollars par personne et par an en capital risque, les Etats-Unis 92 et l’Europe… 7 !

Toutefois, les raisons d’espérer existent. D’abord, la croissance des 100 premiers éditeurs européens au cours de ces 8 dernières années a été supérieure à celle de Microsoft ou Oracle. D’autre part, le contexte des écoutes américaines, révélées par le lanceur d’alertes Edward Snowden, est favorable aux industriels européens, explique Bernard-Louis Roques. « Les écoutes de la NSA changent le comportement des acheteurs. Ceux-ci veulent savoir où leurs données sont stockées, qui y accèdent en dehors de leurs propres salariés. » Des questions auxquelles les grands noms américains ne peuvent fournir que des réponses partielles , Patriot Act oblige.

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