Coup de théâtre: Carly Fiorina, p-dg d’HP, est congédiée !

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Ca sentait le roussi depuis plusieurs semaines. Trop de divergences s’étaient accumulées entre la sémillante patronne et son conseil d’administration: elle a été acculée à la démission. Sans préavis!

La nouvelle fait l’effet d’une bombe. Le constructeur américain Hewlett-Packard a annoncé ce mercredi le limogeage surprise (ou démission forcée…) de sa p-dg, Carly Fiorina. Son successeur est recherché dès aujourd’hui.

“Même si je regrette la position du conseil d’administration et si j’ai des divergences de vue sur la manière de mener à bien la stratégie d’HP, je respecte leur décision”, a déclaré Carly Fiorina dans un communiqué. “HP est une excellente entreprise et je souhaite à tout le personnel beaucoup de succès pour l’avenir”. Robert Wayman est nommé directeur général par intérim tout en conservant ses fonctions de directeur financier. Et Patricia Dunn devient président non exécutif du conseil d’administration. On savait que la sémillante patronne du deuxième groupe ‘high tech’ mondial était la cible de multiples attaques et qu’elle traversait une passe difficile. Mais l’annonce de sa démission forcée est un coup de théâtre. Fin 2004, son autorité avait été mise en cause par les analystes. Les résultats de la division serveurs et stockage avaient en effet entraîné un sévère avertissement sur le groupe. Une “gestion inacceptable“, dixit Carly Fiorina, qui avec une rare fermeté avait fait tomber des têtes des deux côtés de l’Atlantique? Certains analystes, quant à eux, avaient appelé à une dépolarisation de la gouvernance d’HP, proposant la nomination d’un directeur des opérations comme numéro deux du groupe. En effet, la belle Carly cumulait les fonctions de ‘chairman’, présidente du Conseil d’administration, et de ‘CEO’ (directeur général, directeur exécutif). Le constructeur n’avait plus de numéro deux depuis le départ de l’ex-p-dg de Compaq, Michael Capellas, à la fin 2002. “Il y a très peu d’entreprises qui ont un directeur exécutif. IBM n’en a pas, GE (General Electric) n’en a pas, Tyco n’en a pas,” répétait Carly Fiorina. Depuis lors, elle avait présenté des résultats plutôt rassurants qui étaient venus conforter l’idée d’une réussite de la fusion avec Compaq (lire nos articles). Pas de partage du pouvoir… Il semble bien que la perspective de partager le pouvoir ne lui convenait pas: “Vous ne pouvez pas séparer la stratégie de l’exécution.(?) Dans une industrie aussi concurrentielle que la nôtre, avec autant de défis à relever, il est préférable qu’un p-dg ait les mains sur le gouvernail” avait-t-elle déclaré au Wall Street Journal, tout en démentant qu’elle donnerait sa démission. Fin janvier, nouveau coup de chaud. Des administrateurs du groupe contestèrent les directives de Carly Fiorina. Ils estimaient que la dame de fer de l’informatique tenait en ses mains un peu trop de pouvoir. En outre, ces mêmes administrateurs ont commencé à reprocher à Carly Fiorina les difficultés que connaît le groupe. HP a perdu des parts de marché face à son concurrent et leader du secteur, Dell. Le titre du groupe, en Bourse, serait, en outre, moins performant que ceux de Dell ou IBM. Par ailleurs, les administrateurs voulaient donner plus de lattitude à Vyomesh Joshi (division “Pc et imprimantes”), Ann Livermore (“services et informatique d’entreprise”) et Shane Robinson (directeur technologique). Une ouverture rejetée encore une fois par Carly qui tenait à conserver les pleins pouvoirs. Et puis, antérieurement, il y eut l’épisode du laborieux rachat de Compaq, en 2002 pour 20 milliards de dollars. Cette fusion menée à la hussarde lui avait valu de vives critiques de la part de nombreux administrateurs et investisseurs. On s’en souvient, William Hewlett et David Packard, descendants des fondateurs, s’étaient notamment élevés contre cette OPA, car elle diluait à leurs yeux la perle du groupe, son activité “impression et imagerie”. L’ajout de l’activité PC de Compaq n’a jamais donné les résultats escomptés. Dell est resté le numéro un dans le monde, en étant plus rentable. Et d’énièmes rumeurs de scission entre l’activité PC et l’impression étaient récemment revenues sur le devant de la scène (cf. l’encadré ci-après). Sur le marché du stockage de données, HP bataille ferme contre IBM et EMC. Un regret: Carly Fiorina était la seule femme à diriger une entreprise dont la cotation en Bourse s’inscrit parmi les trente valeurs vedettes de l’indice Dow Jones, à Wall Street. Scission ou pas de changement stratégique ?

Hewlett-Packard n’envisage aucun changement de stratégie après l’éviction de sa présidente Carly Fiorina et lui cherchera un successeur apte à faire fonctionner simultanément ses activités dans l’informatique et les imprimantes, ont déclaré mercredi les dirigeants par intérim du géant informatique américain. Au cours d’une téléconférence consécutive au départ inattendu de Carly Fiorina, la nouvelle présidente non exécutive du conseil d’administration, Patricia Dunn, a déclaré

“ne pas envisager de changement du portefeuille d’activité”. Pourtant nombre d’analystes veulent croire maintenant qu’Hewlett-Packard donnera son indépendance à son activité impression, dont le groupe tire l’essentiel de ses bénéfices.


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