Nouvelle stratégie d’Intel dans les serveurs? Nocona arrive…

Régulations

Jusqu’ici, la stratégie d’Intel était connue: Xeon 32 bits en ‘front end’ et Itanium 64 bits en ‘back end’. Mais l’arrivée de Nocona, un Xeon 64 bits a brouillé les pistes. Entretien avec Stéphane Nègre, directeur du marché des entreprises chez Intel France

Nocoma, attendu pour la mi 2004, est en effet un processeur Intel Xeon DP en 90 nanomètres doté d’extensions 64 bits. De quoi jeter le trouble sur la stratégie d’Intel.

Jusqu’à présent, la stratégie d’Intel sur le marché des serveurs reposait sur deux architectures : -le Xeon 32 bits pour une approche plutôt entrée de gamme, -l’Itanium 64 bits pour les projets plus ambitieux. Une segmentation qui par ailleurs colle au marché. Le Xeon répond aux attentes d’une majorité d’entreprises qui n’envisagent pas dans l’immédiat d’abandonner leurs applications 32 bits, mais qui cherchent à maximiser coûts et performances. Le processeur Xeon trouve sa place sur les serveurs front end, applications de volume et serveurs Web, moins exigeants. Mais la gamme Xeon permet aussi de démarrer de serveurs économiques mono processeur jusqu’aux serveurs 8 processeurs? L’Itanium répond aux besoins de puissances et s’adresse au back end, serveurs d’applications lourdes, bases de données ou ERP. Intel évolue ici sur un terrain plus délicat, occupé par les technologies Risc sous Unix, et déjà en mode 64 bits. Un marché conquis par la concurrence où le fondeur ne manquera pas de faire sa place. Nocona, bien plus qu’un Xeon avec extensions 64 bits Pour Intel, l’arrivée du Xeon Nocona paraît stratégique. Plus que d’évoquer la présence du concurrent AMD sur ce créneau, c’est le positionnement en accompagnement du marché qui qualifierait le mieux ce processeur intermédiaire. Intel cherche à minimiser la présence des extensions 64 bits sur le Xeon DP Nocona, au profit de l’architecture 90 nanomètres et des extensions PCI Express et DDR2. Il est vrai que les applications en mode natif 64 bits sont rares, et concernent actuellement essentiellement le calcul, ce qui est loin d’être la priorité des entreprises. Le Xeon Nocona occupe donc une position intermédiaire, apportant la puissance aux applications 32 bits, et prêt à recevoir les futures applications 64 bits. Et tout d’abord les systèmes d’exploitation, qu’ils soient Windows ou Linux. C’est la première étape qui précède l’émergence réelle du marché des serveurs Itanium, attendue plutôt durant les années à venir. Des outils pour les développeurs Intel est conscient du manque d’applications qui le pénalise, mais le fondeur est prêt à accompagner les développeurs, qu’il s’agisse de créer ou de migrer. D’ailleurs les services développement d’Intel ont mis à leur disposition des outils adaptés, des compilateurs, et V-tune pour le développement et l’optimisation. Ce sera l’arrivée des versions commerciales des systèmes d’exploitation 64 bits qui devrait servir de déclencheur, à partir de la mi 2004 ? 90 nanomètres, design, mais pas d’OS

Les retards accumulés sur Dothan sont liés à des difficultés de développement, mais en aucun cas à des problématiques industrielles de fabrication des plateformes et processeurs 90 nanomètres. D’ailleurs l’ensemble des productions finira par passer aux 90 nano.

Les critiques sur la capacité d’Intel à maîtriser les technologies 90 nanomètres ne seraient donc pas fondées. D’ailleurs, en route vers l’infiniment petit, Intel n’a-t-il pas présenté des wafer (tranches de silicium) à 65 nanomètres, et évoqué ses recherches sur le 20 nanomètres. Les arguments de limites technologiques renvoient au passage du 16 au 32 bits, ou du 130 nano aux 90 nano. La loi de Moore (un des fondateurs d’Intel) reste valable ! Concernant les activités de design d’Intel, en référence à l’atelier de design de Microsoft, le fondeur a confirmé son implication auprès des assembleurs. Les processus de design sont cependant limités, et Intel n’envisage pas d’imposer des choix industriels sur ce plan, sauf respect de ses architectures. Intel se contentera du design ascendant, du processeur au chipset, puis Centrino, les cartes mères, et enfin le boîtier, mais seulement pour les serveurs Itanium, et si les assembleurs sont intéressés ! Quant à l’édition d’un système d’exploitation, Intel n’en a aucunement la volonté. Et Stéphane Nègre de s’interroger sur la capacité des développeurs d’Intel à réaliser un OS propriétaire. Là, nous resterons prudents, car des développeurs capables de réaliser les compilateurs et drivers de référence du marché ont sans nul doute cette capacité, mais il s’agit plutôt de choix stratégiques? et de ne pas heurter Microsoft.


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