Selon Ericsson, les objets connectés Sigfox et Lora n’ont pas d’avenir

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Les volumes massifs d’objets LTE-M et NB-IoT désormais standardisés vont être fatidiques pour les technologies LPWA Lora et Sigfox, selon Franck Bouétard d’Ericsson.

Barcelone – Les objets connectés Sigfox et Lora n’ont pas d’avenir. C’est en substance ce qu’avance Franck Bouétard, le patron d’Ericsson en France. Selon lui, la récente finalisation du LTE-M et du NB-IoT, les standards LTE de l’Internet des objets (IoT) définis par le 3GPP (l’association de standardisation des technologies mobiles), ouvre aujourd’hui la production massive des objets dotés de ces technologies radio cellulaires. Une montée en volume qui va faire baisser les coûts des composants et accélérer l’adoption des objets par l’industrie et les entreprises.

En témoigne la ferveur de la Chine pour le NB-IoT. « Il y a une volonté politique du gouvernement chinois de déployer un réseau national NB-IoT pour développer les entreprises qui vont créer les objets NB-IoT, avance Franck Bouétard. Des milliards d’objets qui seront ensuite vendus dans le monde entier. Sigfox va être complètement débordé par cette masse d’objets qui vont déferler sur la planète. » La standardisation offre en effet une connectivité mondiale sur les réseaux cellulaires LTE qui ne nécessitent, sur les équipements Ericsson du moins, qu’une mise à jour logicielle pour supporter le NB-IoT et le LTE-M. « Plus le standard est mondial, plus le volume augmente et plus les coûts descendent », insiste le responsable.

Le LPWA, une technologie complémentaire

De quoi bientôt devenir compétitif sur les prix des modules annoncés à une poignée d’euros par Sigfox, en premier lieu, mais aussi sur Lora. D’autant que les chipsets en cours de fabrication supporteront les deux standards LTE-M et NB-IoT, selon notre interlocuteur.

A défaut des coûts, les deux protocoles non standardisés se distinguent par une faible consommation du réseau qui assure à leurs objets un cycle de vie au delà de la décennie. De quoi tenir la dragée haute aux technologies standardisées. Sauf que « le standard du LTE-M a été écrit pour que les batteries tiennent 15 ans », tranche le dirigeant français de l’équipementier suédois qui garde soigneusement ses distances avec les protocoles réseaux non standardisés. « Et Lora propose des petits débits, sans garantie de service ni de sécurité sur des fréquences non licenciées », achève d’argumenter notre interlocuteur. Il considère néanmoins qu’on peut voir Lora et Sigfox comme une technologie LPWA complémentaire. « Au moins au début, parce que les coûts sont plus faibles mais ils vont très vite se faire rattraper par les objets LTE-M et NB-IoT », insiste Franck Bouétard.

Une approche morcelée

Faute de supporter les technologies non validées par le 3GPP, Ericsson est naturellement parti pris dans ce débat sur la guerre Lora-Sigfox-IoT standardisé. Mais ce n’est pas forcément l’analyse de tous les opérateurs. Si Orange pousse, avec Ericsson, d’autres opérateurs occidentaux à se fédérer autour du LTE-M (qui, à l’origine de la standardisation au 3GPP, venait en concurrence du NB-IoT défendu par l’Asie), et vient d’annoncer qu’il comptait déployer le LTE-M en Belgique et Espagne, l’opérateur historique français construit son propre réseau pour exploiter Lora en France. Tout comme Bouygues Telecom via sa filiale Objenious qui cherche à proposer un service mondial en passant des accords de roaming avec des opérateurs à l’international. N’oublions pas que Tata Communications, opérateur télécoms en Inde, y pousse également Lora. Et que penser de Telefónica et Altice (SFR) qui ont choisi de s’appuyer sur Sigfox pour intégrer des offres d’objets connectés à très bas débits ?

Certes, Vodafone supporte ouvertement le NB-IoT qu’il a déployé en Espagne et entend le faire sur d’autres régions de ses marchés européens. Et AT&T compte de son côté couvrir les Etats-Unis et le Mexique en LTE-M. Tout comme son principal concurrent Verizon. Dans cette bagarre qui s’annonce sanglante, il se pourrait bien que ce soit effectivement les fabricants d’objets qui auront le dernier mot.


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