Si le mariage Bouygues-Orange avait eu lieu…

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Faute d’accord, la consolidation du secteur des télécoms français est remise à plus tard. Sinon, qui aurait eu quoi ?

Si le mariage Bouygues-Orange avait eu lieu… La supposition peut sembler saugrenue dans la mesure où les conseils d’administration respectifs d’Orange et de Bouygues ont mis un terme aux discussions vendredi 1er avril. Néanmoins, savoir comment les protagonistes de l’opération de consolidation se seraient partagés les actifs de Bouygues Telecom n’en reste pas moins symptomatique des concessions qu’ils étaient prêts, ou pas, à faire pour conquérir un marché de nouveau réduit à trois acteurs.

D’abord, ce ne sont finalement pas 10 milliards mais 9 milliards d’euros qu’Orange aurait racheté Bouygues Telecom, nous apprend Challenges. Si la barre avait initialement été fixée à 10 milliards par l’offre de Patrick Drahi, le patron d’Altice (SFR), au début de l’été 2015, Martin Bouygues a visiblement revu ses prétentions à la baisse pour tenter de contenter tout le monde. Tout en restant bien au-dessus des 6 milliards que le groupe Bouygues en personne valorise sa filiale. Il en ressort qu’une partie de la somme aurait été payée par Iliad (Free) et SFR pour la récupération des actifs de l’opérateur vendu. Et, là aussi, tout le monde semblait prêt à faire des efforts.

2,2 milliards chez Free, 4,3 milliards chez SFR

Ainsi, Free aurait signé un chèque de 2,2 milliards pour enrichir son réseau de 4000 nouveaux sites mobiles (sur environ 15 000 du réseau de Bouygues Telecom), des fréquences (dont probablement une bonne part de 800 MHz absentes de son offre) et 300 des 550 boutiques de la filiale télécoms du groupe de BTP. Le tout assorti d’un engagement de préservation des salariés du réseau commercial pendant 3 ans. SFR, de son côté, était prêt à investir 4,3 milliards pour récupérer le reste de l’infrastructure réseau, et l’ensemble des abonnés low cost (BandYou) et entreprise. Orange se contentant des clients Sensation qui font l’essentiel du chiffre d’affaires de Bouygues Telecom (55%). Le tout pour 2,5 milliards dont une partie aurait été convertie en part capitalistique concédée au groupe de BTP.

Une redistribution de 12% du capital qui, on le sait, explique en parti l’échec des négociations. Bercy ayant exigé des contraintes inacceptables pour Martin Bouygues qui souhaitait s’appuyer sur Orange pour conserver durablement un pied ferme dans le secteur porteur des télécoms. A savoir une interdiction de monter au capital d’Orange pendant 7 ans (clause de standstill) et de renoncer aux droits de vote double pendant 10 ans. Au nom des intérêts de l’Etat mais qui a peut-être manqué de vision industrielle pour la construction d’un marché solide des télécoms en France. Un marché qui, depuis l’annonce de l’échec de l’opération, a perdu 11,3 milliards d’euros de valeur boursière.

Cinquième tentative ?

Si, après plus de trois mois d’intenses discussions, tous les acteurs annoncent repartir sur les différentes stratégies engagées avant l’idée de la consolidation, rien ne dit qu’un nouveau projet en ce sens ne repartira pas d’ici quelque mois. Après tout, l’échec du 1er avril signait la troisième, voire la quatrième, tentative de rachat de Bouygues Telecom. En juillet 2014, après l’ambition avortée de rachat de SFR par Bouygues, Orange renonçait à acquérir Bouygues Telecom. Peu avant, Iliad avait fait une offre. Trop basse aux yeux de Bouygues. Et il y a moins d’un an, si celle de Patrick Drahi était largement à la hauteur des attentes de Martin Bouygues, elle obligeait ce dernier à sortir du secteur des télécoms. Refus catégorique. La cinquième tentative sera-t-elle la bonne ?


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