Comment la Blockchain pourrait révolutionner l’industrie musicale ?

Blockchain

Depuis les années 2000, l’industrie musicale a connu d’importantes disruptions : apparition du MP3, multiplication des réseaux de téléchargement « peer to peer[i] » et développement des plateformes de streaming. Celles-ci tendent à désavantager les musiciens qui s’estiment « lésés ».

Le rappeur américain Eminem disait amèrement « quand je mets tout mon cœur et mon énergie à faire de la musique, j’aimerais être reconnu pour mon travail. Je fais de durs efforts pour fournir une chanson que n’importe qui peut retrouver sur l’ordinateur et télécharger gratuitement. A quoi servirait de faire de la musique alors ? ». S’il soulevait les problèmes liés aux téléchargements illégaux et leur rémunération, d’autres célébrités tirent aussi la sonnette d’alarme sur l’opacité de gestion des droits d’auteur.

Alors que les fausses notes demeurent encore nombreuses dans l’industrie musicale, la Blockchain et son système de confiance décentralisé offrent une alternative au système traditionnel.

Gestion de droits d’auteur et rémunérations : la chanson de la discorde

Vous avez sans doute déjà entendu parler des conflits entre les compositeurs et leurs maisons de disques ? C’est normal.

Le système sur lequel repose actuellement l’industrie musicale est complexe. Entre le compositeur et nous consommateurs, une chanson passe entre les mains de beaucoup d’intermédiaires dont des musiciens, des labels en charge de la production, d’édition et de diffusion, des sociétés de gestion collective en charge des droits d’auteur (SACEM), ou encore des fournisseurs de services numériques.

Ainsi, ces parties prenantes sont reliées par différents types de contractualisation.

Parfois, les artistes doivent attendre jusqu’à deux ans avant de toucher les versements des ventes de leurs musiques, soit après que tous les acteurs en aval de la chaîne aient pris leurs droits.

Selon Digital Music News, en 2018, les plateformes de streaming vendent en moyenne 0,89€ par chanson alors qu’elles en rémunèrent 0,012€ les artistes, soit 1,35% du prix de vente.

Le streaming a permis de relancer la croissance de l’industrie musicale, mais a renforcé le rapport de force entre les artistes et les autres acteurs. Or, la Blockchain a le potentiel de renverser les barrières héritées de l’industrie traditionnelle et de remettre les choix de l’artiste au cœur du système.

Redonner la voix au chanteur via la Blockchain

Concrètement, qu’est-ce qu’est la Blockchain ? C’est une technologie de stockage et de transmission d’informations transparente et sécurisée, fonctionnant sans organe central de contrôle.

Tous les utilisateurs sont reliés entre eux par un réseau. Les transactions entre deux utilisateurs sont regroupées par blocs et chaque bloc est validé par les nœuds du réseau. Le bloc est ensuite horodaté et ajouté à la chaîne de blocs visible à l’ensemble du réseau.

Par conséquent, une fois que le musicien décide d’utiliser la Blockchain pour diffuser sa création, il peut suivre toute la circulation de sa musique jusqu’à l’écoute, contrôler ses droits et les revenus des ventes en temps réel.

Il peut choisir, soit de mettre à disposition ses musiques directement aux audiences, soit de travailler avec d’autres acteurs de la chaîne utilisant les « smart contracts ».

Pour ce faire, les acteurs définissent au préalable de manière multilatérale, les conditions d’utilisation et de rémunération, qui une fois validées, seront automatiquement exécutées.

La Blockchain offre aussi la possibilité d’effectuer les transactions financières aux centimes près : on parle de modèle de micro-paiements qui se base sur la consommation réelle et peut remplacer le système d’abonnement actuel.

La Blockchain en musique : c’est pour bientôt ?

Vous vous dites certainement que c’est « trop beau pour être vrai » car sinon pourquoi ce système n’est pas déjà en place ?

Plusieurs initiatives existent déjà dont celle d’Imogen Heap, chanteuse Pop anglaise lauréate des Grammy Awards en 2010.

En 2015, elle a choisi de vendre son album « Tiny Human » à 6$ le téléchargement sur la plateforme Ujomusic fonctionnant sur l’Ethereum, un protocole d’échanges similaire à la Blockchain. En partie grâce à ces revenus, elle est allée plus loin en fondant Mycelia en 2016, une plateforme de distribution musicale décentralisée basée sur la Blockchain, offrant aux artistes la possibilité de contrôler les ventes en ligne de leurs œuvres en temps réel.

Certes, ce mouvement va certainement prendre beaucoup plus d’ampleur dans les prochaines années, mais comme dans d’autres secteurs voulant initier la Blockchain, les progressions avancent timidement du fait de plusieurs freins :

* Le frein technique : la vitesse des transactions est longue comparée aux systèmes actuels donc se posent des blocages à la massification des transactions

* Les freins politique et légal : comment gouverner et adapter les textes à une telle nouvelle technologie ?

* Le frein psychologique : tendance à associer la Blockchain à une technologie très complexe et l’implémentation requerrait de gros efforts de conduite de changement.

Reste à voir comment les magnats de l’industrie musicale parviendront à trouver réponses à ces questions…

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Consultante
mc2i Group
Lise Chevillard est Consultante au sein de mc2i Group
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