Damien Clochard, Dalibo (PostgreSQL) : « Oracle passe à côté du véritable enjeu »

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Damien Clochard, cofondateur de Dalibo, revient sur les différents usages de PostgreSQL 9.3 et décortique les dernières annonces et déclarations d’Oracle. Avec un œil évidemment critique.

Une mouture majeure de l’outil open source de gestion des bases de données PostgreSQL a vu le jour début septembre (voir « PostgreSQL 9.3 : plus rapide, plus solide, plus puissant, plus ouvert »).

Retour sur le lancement de cette offre, mais aussi sur les annonces faites par Oracle lors de son dernier OpenWorld, avec Damien Clochard, directeur des opérations et cofondateur de la société Dalibo (dont nous avons récemment publié le portrait : Jean-Paul Argudo, Dalibo : « Le marché PostgreSQL en France augmente de 30% tous les ans »).

Silicon.fr : Comment a été accueillie cette nouvelle version de PostgreSQL par vos clients ?

Damien Clochard : Il y a différents axes à aborder, PostgreSQL étant utilisé par un public très large :

1/ Comme alternative à Oracle

Pour les clients institutionnels, le point clé est la sécurité et la compatibilité avec l’offre d’Oracle. L’arrivée des vues personnalisées facilite les traitements intermédiaires, en évitant de devoir rejouer les requêtes. Cela réduit également le saut fonctionnel entre PostgreSQL et Oracle.

Concernant la stabilité, nous notons des améliorations sur la réplication et la haute disponibilité. Avec la mouture 9.3, PostgreSQL permet de basculer très rapidement entre un nœud principal et secondaire. La reprise d’activité se fait quasiment sans que cela soit visible par l’utilisateur. Une avancée très attendue par les grands comptes.

2/ Pour assurer la jonction SQL / NoSQL

Un autre public visé par cette 9.3 est celui qui s’oriente vers le NoSQL et surfe sur la vague Json. Les opérateurs Json permettent de stocker des données avec des schémas flottants. Il est ainsi possible de stocker des données non structurées et de travailler dessus. Hstore est également une manière de stocker des données adaptée aux informations non structurées.

Avec ces avancées, PostgreSQL tend la main à la nouvelle génération de développeurs et d’applications. L’outil transcende l’opposition SQL / NoSQL et propose le meilleur des deux mondes. Je prédis que la jonction SQL / NoSQL se fera dans peu de temps, grâce à la multiplication de moteurs hybrides capables de gérer les deux.

3/ Pour répondre aux défis de l’Open Data et du Big Data

Troisième axe, tout ce qui va vers l’interconnexion des données. C’est aujourd’hui un sujet important. PostgreSQL apporte les ‘foreign data wrappers’, permettant de se connecter à d’autres moteurs de bases de données.

En lecture seule jusqu’alors, cette technologie est maintenant capable de fonctionner en écriture. PostgreSQL s’affiche ainsi comme un proxy, une plate-forme de données qui pourra servir de point d’entrée vers les mondes de l’Open Data et du Big Data.

Quid des annonces d’Oracle concernant leur base de données ?

On sent qu’Oracle est de plus en plus challengé sur son activité historique, le moteur de bases de données. Je constate qu’ils ont fait des annonces surtout sur la partie Oracle Database, mais peu sur MySQL, alors que je vois des choses arriver du côté de MariaDB et de SkySQL.

L’évolution de la communauté MySQL sera un débat intéressant en 2014, car Oracle n’aura alors plus l’obligation de laisser le projet sous licence Open Source. La firme demeure très silencieuse sur le sujet et sur sa volonté de faire vivre le projet.

Entrons dans le vif du sujet des annonces de l’OpenWorld avec l’arrivée du In-Memory. En fait, Oracle avait déjà cette technologie au catalogue. De surcroit, le In-Memory apporte de la performance, mais ce n’est pas une solution universelle. Avec plusieurs centaines de gigaoctets, voire des téraoctets de données, la mise en cache reste impossible.

Oracle a maintenant un intérêt commercial à vendre du matériel. Revenir à un modèle d’éditeur vendant le matériel est un problème, car cela pousse à vendre une machine puissante et donc à développer des technologies toujours plus gourmandes en ressources. C’est un schéma très classique.

C’est là où l’Open Source se démarque : il se veut indépendant du matériel et des éditeurs et adopte une logique d’économie de puissance et d’énergie. Avec, comme objectif, la réduction de l’empreinte économique et écologique sur les datacenters et les sociétés.

L’Open Source, trop cher selon Oracle. Qu’en pensez-vous ?

Concernant le livre blanc d’Oracle sur les coûts des logiciels Open Source (voir « Oracle et l’Open Source : je t’aime, moi non plus »), je suis d’accord : ce n’est pas gratuit. Il nous faut rester prudents sur le TCO. Problèmes de recrutement de compétences, prix du support, etc. : Il y a beaucoup de coûts cachés. Toutefois, je ne suis pas d’accord avec les calculs d’Oracle. L’Open Source reste largement en dessous du budget induit par l’adoption de solutions Oracle.

La firme attire le regard des gens sur les coûts cachés, mais en oubliant le vrai enjeu : l’indépendance.

Aujourd’hui les entreprises cherchent des réductions de coûts et se tournent vers Oracle, un gros poste budgétaire. Mais nous assistons aussi à un changement de paradigme fondamental : l’époque des grands éditeurs monopolistiques est révolue. Les logiciels deviennent des plates-formes basées sur des standards ouverts.

L’offre devient multiple avec en tête de pont des prestataires de services, qui peuvent être changés à volonté, sans remettre en question l’aspect logiciel.

Le vrai enjeu des années qui viennent, c’est l’indépendance. Enjeu que nous allons également retrouver sur le cloud. La problématique du « vendor lock-in » est transversale. Souveraineté des données, propriété des solutions, réversibilité : je pense qu’Oracle passe à côté du véritable enjeu.

Un mot sur la conférence PostgreSQL Europe, qui se déroulera la semaine prochaine à Dublin ?

Cette conférence est devenue l’un des évènements majeurs de la communauté au niveau mondial. Ce sera l’occasion de constater à quel point l’écosystème PostgreSQL est en train de grandir, avec l’arrivée de sociétés comme Engine Yard, Heroku ou VMware.

Le programme sera très riche cette année. Notez les interventions sur PostGIS et la gestion des données spatiales, un secteur où PostgreSQL est en train de devenir la plate-forme de référence, ou encore la conférence de Jean-Paul Argudo, DG de Dalibo, sur la migration d’Oracle Database vers PostgreSQL, vue sous le spectre de la conduite du changement.


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