Internationalisation et services : les nouveaux défis de Colt

Réseaux

Un an après sa réorganisation, le groupe britannique affiche ses ambitions malgré la crise. Entretien avec Michel Calmejane, directeur général France

L’opérateur britannique Colt n’entend pas céder aux Cassandres. Au contraire, le ralentissement économique créé des opportunités pour ce groupe qui il y a un an a mis en place une nouvelle organisation et une nouvelle direction. Dans un marché Entreprises qui risque de patiner cette année, Colt mise sur plusieurs initiatives pour ne pas perdre de terrain face à une concurrence très active.

Connu pour son positionnement paneuropéen, l’opérateur compte aujourd’hui passer la vitesse supérieure en s’affichant comme un groupe international. Le fournisseur annonce ainsi l’extension de ses services Ethernet aux Etats-Unis “afin de répondre à l’attente des marchés”, nous explique Michel Calmejane, directeur général de Colt France.

Cette extension fait partie du plan d’investissement de 100 millions d’euros annoncé en 2008. Un plan qui ne sera pas impacté par la crise : “Nous déroulons ce plan car les opportunités de développement en dehors des 13 pays européens où nous sommes présents sont très fortes”, poursuit le dg.

Concrètement, 4 nouveaux points de présence seront déployés sur quatre villes de la côte Est, ils seront connectés au réseau européen via le réseau fibre de 25.000 kilomètres de l’opérateur, cette extension a nécessité un investissement de 8 millions d’euros sur trois ans.

calmejane_colt.jpg

“Il s’agit de répondre aux besoins des grandes entreprises et notamment des banques qui sont parmi nos principaux clients. Les établissements européens renforcent leurs présences aux Etats-Unis et ils ont des besoins de liaisons hautement qualifiées et sécurisées. Par ailleurs, nous pensons que la vague de restructurations qui touche ces établissements permet de multiplier les opportunités pour notre groupe. Nous avons avancé avec eux de manière proactive afin d’identifier leurs besoins en termes de coûts et de performances. L’objectif est que le DSI de nos clients puisse se dire que New York est la banlieue de Paris“, explique Michel Calmejane.

Colt mise surtout sur la qualité de son réseau pour convaincre : “Dans ce métier, une latence d’une milliseconde est stratégique et nos infrastructures permettent de réduire ce temps par deux”.

Par ailleurs, le groupe entend capitaliser sur ses services associés comme l’analyse de performance du réseau. “Nous faisons un état des lieux, et nous préconisons des organisations afin d’améliorer la performance des réseaux et la perception de l’utilisateur final”.

Interrogé sur les premiers résultats de cette offensive, Colt reste discret mais affirme que la filiale américaine d’une grande banque française a déjà signé un contrat.

En parrallèle de cette politique d’internationalisation de son réseau, Colt va renforcer son offre IPVPN. “Nous adressons tout type d’entreprise qui a des besoins de connectivité IP managée, notamment les groupes qui possèdent beaucoup de filiales éparpillées”, explique le directeur général. Encore une fois, pour se démarquer, le groupe met en avant la qualité bout en bout de son réseau et sur les garanties de temps de remise en route (GTR).

“Les politiques n’ont pas conscience du risque numérique”

Du côté des services, Colt poursuit le développement de son offre managée haut de gamme et ne semble pas inquiet de la vague d’inquiétude qui s’engouffre dans les bureaux des DSI suite aux multiples pannes qui ont touché des services d’hébergement d’applications comme Microsoft Azure ou Google Docs. “Plus il y a des pannes chez Google plus les clients viennent chez nous,lance Michel Calmejane. L’impact de ces doutes est très positif pour nous puisque nous avons toujours mis en avant la qualité de nos offres, on a toujours été très exigeants là-dessus”.

Toujours dans les services, Colt diversifie son portefeuille avec une offre de Risk Management qui permet de faire un état des lieux des risques, et des problématiques de continuité d’activité. “Les économies sont fragiles et sont dépendantes des infrastructures télécoms. Les entreprises doivent identifier ces risques mais aussi les Etats, or il y a très peu de prise de conscience sur la question. Si les politiques connaissent les risques physiques (tempêtes, épidémies…) sur les infra, le risque numérique et ses conséquences sur les économies sont mal perçus voire oubliés. Savent-ils que si 3 des 12 DNS mondiaux étaient stoppés, il n’y aurait plus d’Internet dans le monde ? Les politiques ont une vision consumériste des télécoms, pas stratégique”.

Par contre, certaines entreprises ont parfaitement conscience de ce risque, notamment celles pour qui le réseau est vital comme les sites de jeux d’argent en ligne.“C’est un gros marché pour Colt, notamment en France où le secteur des paris en ligne va être ouvert. Leur démarche est assez similaire à celle des banques : ils veulent des réseaux rapides, efficients, sans latence et hautement sécurisés”.

Prochaines étapes pour Colt ? L’extension du réseau Ethernet passera par l’Asie-Pacifique. Par ailleurs, une offre de communications unifiées devrait voir le jour. Enfin, le groupe entend pousser sa réflexion dans le GreenIT.

Quant aux possibilités d’acquisition, le groupe maintient son discours :“Nous ne sommes ni une proie, ni un prédateur, mais nous restons attentifs”,répète Michel Calmejane, une réponse qui laisse une certaine marge d’interprétation…


Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur