Salon Odébit: les lacunes du plan “fibre” pour la France

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Lors d’une table ronde, sur le Salon Odébit, les intervenants, invités du Forum Atena, ont pu mesurer l’écart entre bonnes intentions et mesures concrètes en attente!

Le développement des NTIC en France passe indubitablement par le déploiement d’une infrastructure à très haut débit. De telles initiatives sont en débat depuis plusieurs années. Or, les résultats des déploiements actuels restent très modestes, comme le montrait récemment l’Observatoire du Très Haut Débit, créé par l’ARCEP.

La “fracture numérique” risque fort d’entacher à nouveau le paysage français, en particulier dans les zones d’habitat moyennement denses ou peu denses.

C’est, du moins, l’avis de l’association Forum Atena qui organisait, à l’occasion du salon Odébit, ce 22 septembre, une table ronde sur ce sujet, animée par Fausto Geromel, président de l’atelier “Très haut débit”, constitué au sein de cette association.

D’emblée, François Lambert, vice-président d’AVICCA, a posé le problème de l’accessibilité au haut débit en prenant, pour exemple, la zone de Saclay, en région parisienne, où le gouvernement a décidé de développer une zone de haute technologie, à l’image de la Silicon Valley en Californie.

Sur les 110.000 accès à Internet disponibles, 30.000 sont à un débit de moins de 2 Mbit/s, dont la moitié à 512 kbit/s voire moins. Et pourtant, dès aujourd’hui, les besoins sont là, avec des PME et TPE innovantes, qui attendent des dizaines ou des centaines de mégabit/s, voire, pour certaines, des giga-bits/s.

Créer une entité gestionnaire d’infrastructure

Au Japon, nous apprend Richard Toper, p-dg fondateur de Setec Télécom, il existe des incitations fiscales pour financer les travaux de pose, et ce, depuis 1946.

Il est vrai qu’en France aussi l’infrastructure est en place … -c’est celle de… France Télécom !

Il serait bienvenu de créer un “gestionnaire d’infrastructure“, au moins pour les zones rurales, sous une forme ou sous une autre (“PPP”, “DSP”…).

Pour Benoît Felten (**), la question centrale est :

Existe-t-il une volonté politique en France ? En Suède et au Portugal, cette volonté existe bien ; ailleurs, on peut en douter. Là où ça marche, la prise de conscience est réelle, concernant l’enjeu sociétal du déploiement d’infrastructure à très haut débit pour les domaines de la santé, de l’éducation…

La Suède compte déjà 250 municipalités qui ont été aidées par des financements publics, afin de déployer de la fibre optique, ce qui a suscité un repositionnement de l’opérateur historique, qui commercialise désormais ses offres de services sur ces infrastructures. Il est clair que le marché financier ne peut pas faire face à de telle demande et financer sur dix ans voire plus de tels déploiements.

Pour Vincent Fouchard, délégué au sein du syndicat SIPPEREC, la question d’une péréquation doit être posée aujourd’hui. Ainsi, dans la zone de couverture de ce syndicat de communes de la périphérie de Paris, on compte 20 communes qui ne sont pas, selon l’ARCEP, en zone très dense. Et pourtant, nous sommes dans la première et la deuxième couronne de l’agglomération parisienne… Alors, qu’en sera-t-il pour les autres territoires ?

Ce même syndicat SIPERREC estime qu’il faut laisser ces infrastructures ouvertes à l’offre de services des opérateurs dans leur ensemble; il faut veiller à ce que ne se constitue pas un oligopole concentrant les quatre premiers opérateurs. “Nous avons besoin d’opérateurs de services, capables de proposer des services différenciés”, a déclaré l’un de ses délégués.

Les collectivités locales doivent se mobiliser

Comme la loi LME le permet, il faut faciliter l’accès à la sous boucle locale.

Pour Étienne Dugas, directeur général de MARAIS, l’intervention des collectivités locales est indispensable. Selon lui, l’alliance des grands opérateurs ne permettra pas d’offrir une solution satisfaisante. Seules les collectivités connaissent les territoires et savent en mesurer les enjeux.

L’exemple de l’Australie est édifiant: là-bas, le régulateur propose la séparation de Telestra, l’opérateur historique, entre une entité “infrastructure d’accès” et une entité “opérateur de services“.

François Lambert (AVICCA) estime qu’une telle “séparation des infrastructures” (accès et transport/services) est “la bonne solution pour parvenir à une situation hautement rentable“.

En clair, il est aujourd’hui nécessaire de poser des arbitrages entre infrastructures, en incluant dans la réflexion les infrastructures au sens large – routes, accès télécoms, distribution électrique.

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(*) synthèse rédigée avec la contribution de Philippe Recoupé, Forum Atena: www.forumatena.org (**) Benoît Felten : www.fiberevolution.com


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