Système d’information : comment GRTgaz a coupé le cordon avec GDF Suez

DSILogicielsProjets

Poussé par la réglementation, le transporteur de gaz GRTgaz a dû extraire, en un peu plus de 3 ans, ses 300 applications du système d’information de sa maison mère, GDF Suez. Un programme pharaonique qui a mobilisé 75 prestataires et fait travailler 900 personnes au total.

Filiale du groupe GDF Suez, GRTgaz, le principal transporteur de gaz en France, en charge du plus long réseau de transport de gaz naturel à haute pression d’Europe (32 000 km), comptait jusqu’à aujourd’hui sur la DSI de sa maison mère pour assurer sa production informatique. Un ensemble assez riche pour cette société réalisant 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires : système d’information industriel (BI, PLM, SIG, télésurveillance du réseau, GMAO), SI commercial (CRM, application de vente de capacités, le métier central de l’entreprise) et SI support (ERP, RH, achats, bureautique). « Jusqu’en 2011, cet ensemble était noyé dans les 3 datacenters de GDF Suez, où sont hébergés environ 7 000 serveurs », raconte Hervé Constant, le DSI de GRTgaz, présent sur la scène du Fujitsu World Tour, l’événement qu’organisait ce 25 septembre le constructeur japonais à Paris.

Cette dépendance à la DSI de la maison mère est toutefois brutalement remise en cause en 2011 quand une directive européenne (dite troisième directive européenne sur l’énergie) décide que les filiales de transport des opérateurs d’énergie doivent être séparées de leur ancienne maison mère y compris en termes de moyens. Donc de système d’information. « Et la directive ne prévoyait aucun délai pour cette séparation des systèmes d’information », s’amuse Hervé Constant. Evidemment infaisable quand on sait que GRTgaz est née seulement en 2005, issue du giron de GDF (depuis fusionné au groupe Suez). Autrement dit, nombre d’applications exploitées par les utilisateurs de GRTgaz ont une forte adhérence à celles de la maison mère. Rompre ces liens demande du temps. Après négociation avec la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) française, GRTgaz obtient un délai de 3 ans et demi. « Nous en espérions quatre », précise le DSI.

Construire un SI… et une DSI

Fujitsu World Tour
Frédéric Kritzstein, GRTgaz

Avant la fin 2014, GRTgaz doit donc recréer un système d’information, riche d’environ 300 applications, tout en créant de toutes pièces une DSI et en continuant à assurer le service pour les 3 500 postes de travail de ses utilisateurs. « Auparavant, les équipes de GRTgaz renfermaient plutôt des assistances à maîtrise d’ouvrage ou des relais auprès des métiers. Mais pas de réelle expertise IT », commente Frédéric Kritzstein, le directeur de programme qui a piloté ce chantier de ‘désimbrication’ baptisé SI 3D (en photo ci-contre, sur la scène du Fujitsu World Tour). « La méthode a consisté par commencer à détourer les morceaux de SI GRTgaz au sein du SI de GDF Suez… sans casser l’existant », explique le directeur de projet. Pour éviter l’asphyxie, le chantier est scindé en 12 projets majeurs différents (hébergement, réseau, séparation des applications, gestion des identités, SAP, SIRH, ITSM, licences et contrats…). « Tout était à faire plus ou moins en même temps sur une période de 40 mois », résume Frédéric Kritzstein.

Pour tenir les délais, le transporteur de gaz fait massivement appel à la sous-traitance : au total, 75 prestataires seront mobilisés. Pour des expertises pointues ou des projets au long cours. Ce recours à la sous-traitance permet aussi au transporteur de gaz d’identifier les ressources clefs pour être en mesure de maîtriser la production, une fois le transfert effectué. « En parallèle d’un projet de systèmes d’information, SI 3D est aussi un chantier RH et d’organisation, car la DSI doit assurer la production sur le nouveau SI », remarque Frédéric Kritzstein.

Cloner l’existant pour minimiser les risques

Fujitsu hérite ainsi du lot portant sur les applications cœur de métier. « Avec des engagements de délais et de coûts, mais également de performances », précise le DSI Hervé Constant. Un projet qui a nécessité deux ans de préparation – et mobilisé entre 30 et 40 personnes – en passe de s’achever courant octobre avec le transfert des derniers applicatifs. Au passage, le transporteur de gaz va rationaliser le support de certaines applications sur une machine SuperCluster d’Oracle (un serveur Sparc conçu pour la consolidation de bases de données). « L’engagement de notre prestataire Fujitsu va jusqu’à la production chez notre infogérant. Une exigence complexe, car ce dernier, mais aussi la DSI de GDF Suez, ont leurs propres processus qu’il faut un peu bousculer », note le directeur informatique.

« Nos principes directeurs, ne pas toucher à ce qui fonctionne, ne pas remettre en cause les éditeurs en place, visaient à minimiser les risques. Par ailleurs, les migrations devaient se dérouler sans impact pour les utilisateurs avec, à minima, des performances identiques », détaille le directeur de programme. Avec quelques compromis à la marge. « Par exemple sur des OS qui ne sont plus maintenus et pour lesquels une migration était inévitable ». Sans oublier quelques entorses à la règle consistant à cloner toutes les applications à l’identique. La messagerie a ainsi migré sur le Cloud (sur Microsoft Office 365). « Mais sans modification d’usage pour les utilisateurs », conclut Hervé Constant.

En complément :

Hervé Constant, le DSI de GRTgaz, décrit le projet SI 3D

Retrouvez-vous sur mobile :

Silicon.fr en direct sur les smartphones et tablettes


Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur