Un amendement coupe les vivres du projet SIRHEN de l’Education Nationale

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Les sénateurs ont voté un amendement qui annule les crédits pour 2016 de SIRHEN, un projet de rénovation des SIRH de l’Education Nationale dont le budget prévisionnel a explosé ces dernières années.

Comme on pouvait s’y attendre étant donné les forces politiques en présence, le ministère de l’Éducation Nationale se retrouve, après l’examen en première lecture du projet de loi de finances pour 2016, avec un caillou dans la chaussure. L’amendement déposé par le sénateur Gérard Longuet (Les Républicains) prévoyant de couper les vivres au projet informatique SIRHEN a en effet été adopté par la chambre haute du Parlement le 2 décembre. Ce qui, concrètement, entraîne l’annulation de 44 millions de crédits pour l’année 2016.

Comme nous signalions en début de semaine, ce texte (II-153) déposé par le membre de la commission des Finances prévoit purement et simplement de couper les vivres de SIRHEN, projet de refonte des SIRH du ministère démarré en 2007. Visant à remplacer des applications vieillissantes, ce projet complexe, sous-traité à Capgemini (lire notre enquête sur le sujet), a connu des dérives budgétaires importantes : d’abord estimé à 80 millions d’euros, SIRHEN devrait en coûter… 321 aux dernières estimations. En séance, Gérard Longuet a expliqué : « De toute évidence, ce projet est en train de s’enliser, dans un climat rappelant étrangement un dossier que j’ai malheureusement connu directement, celui du logiciel unique à vocation interarmées de la solde, dit Louvois (quand Gérard Longuet était ministre de la Défense en 2011 et 2012, NDLR). Aujourd’hui, le projet SIRHEN concerne la gestion d’un petit nombre de fonctionnaires, pour un très gros budget, ce dernier ayant ‘explosé’ à peu près tous les devis estimatifs ».

« Vos partenaires vous font les poches »

Officiellement, le sénateur LR explique avoir déposé cet amendement pour aider le gouvernement face à son administration et à ses prestataires. Une position qu’il a réitérée en séance face à Thierry Mandon, le secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche qui représentait le gouvernement lors des débats. Cet amendement « vous mettra en position de force vis-à-vis de vos partenaires dans ce projet, qui, de toute évidence, sont en train de vous faire les poches, sans résultat probant pour le fonctionnement de l’administration », a expliqué l’ex-ministre au secrétaire d’Etat.

Un Thierry Mandon qui a tenté de défendre le projet, et d’alerter les parlementaires sur les conséquences de ce vote. « Le ministère doit impérativement relever le défi de la modernisation de son système d’information pour la gestion des ressources humaines, qui date des années 80, a plaidé le secrétaire d’Etat. Si, comme vous le suggérez, le projet SIRHEN venait à être abandonné, le ministère ne pourrait pas faire l’économie d’une profonde modernisation de ces systèmes informatiques de ressources humaines. Il devrait alors repartir d’une feuille blanche et éprouver pour plusieurs années encore un SIRH en phase d’obsolescence ». Bref, arrêter SIRHEN ne dispenserait pas le ministère d’investir dans un autre projet de rénovation de son SIRH et ne ferait que prolonger la vie d’outils d’ores et déjà dépassés.

Plan de la dernière chance pour SIRHEN

D’où le plan que privilégie actuellement la rue de Grenelle. Sur la base d’un rapport de mission de l’IGAENR (Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche) et du CGEIET (Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies, dépendant de Bercy) avec l’appui de la Disic (la DSI de l’Etat), le ministère tente un sauvetage du projet en difficulté, comme nous révélions récemment dans notre enquête. Ce plan vise à poursuivre l’intégration des personnels non enseignants dans SIRHEN (soit 15 000 personnes de plus des 4 000 déjà prises en charge dans les mois qui viennent) et à relancer les développements fonctionnels, sur la base d’une analyse d’écart avec l’existant, pour ce qui reste le cœur de ce programme : les enseignants des premier et second degrés, soit 850 000 personnes.

Une nouvelle trajectoire, qu’on pourrait qualifier de plan de la dernière chance, qui doit toutefois être encore détaillée et validée par la ministre, Najat Vallaud-Belkacem, en fin d’année. Charge à Mathieu Jeandron, le directeur du numérique pour l’Éducation, et au nouveau directeur du programme SIRHEN – que le ministère est en train de recruter – de définir ce plan, dans le strict respect de l’enveloppe budgétaire actuelle, une condition sine qua non pour que ce plan soit lancé, assure-t-on rue de Grenelle. Il n’en reste pas moins que, même ainsi, SIRHEN ne s’achèvera pas avant 2022-2023.

Après la fin de son examen par le Sénat en début de semaine prochaine, le projet de loi de finances pour 2016 retournera à l’Assemblée Nationale, en seconde lecture. L’amendement de Gérard Longuet a de fortes chances de disparaître à cette occasion.

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