Didier Pouillot, Idate : « Pour les opérateurs, 4 scénarios et une convergence »

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A l’occasion du DigiWorld Future 2016, Didier Pouillot de l’Idate dresse quatre scénarios à 2025 pour évoquer d’évolution des opérateurs télécoms.

Difficile d’anticiper l’avenir. C’est pourtant l’exercice auquel se livrent les consultants de l’Idate, l’institut spécialisé dans l’analyse des marchés numériques à travers les télécoms, Internet, les médias et territoires numériques. A l’occasion de la sortie du rapport annuel sur cette économie, le DigiWorld Yearbook, Didier Pouillot a donné des éléments de prospective sur la scène lors conférence DigiWorld Future qui se tenait ce mardi 14 juin à Paris. Mais plutôt que de présenter une vision unique de l’évolution du marché, le directeur stratégie télécom de l’Idate préfère avancer 4 scénarios potentiels de l’avenir des opérateurs à l’horizon 2025.

Les opérateurs sont en effet sous pression face à la montée en puissance des services numériques et des acteurs de l’Internet (OTT) qui captent cette valeur, aux dépens de ceux qui transportent ces services. Et sont donc condamnés à évoluer pour ne plus se contenter d’être de simple fournisseurs de tuyaux sans valeur ajoutée. A partir de ce constat, Didier Pouillot expose donc 4 modèles d’évolution : l’Automated, qui se concentre sur la connectivité du client final (un modèle notamment adopté par Iliad, selon l’Idate); le modèle Open, qui vise également la connectivité mais aussi l’ouverture de l’infrastructure pour la vente en gros de capacité (wholesale) et à travers des accords avec les OTT; l’offre Mall, où les opérateurs tendraient à privilégier la commercialisation de bouquets de services en concurrence plus ou moins frontale avec les OTT; et la vision Trust d’un modèle fermé (et probablement onéreux) mais sécurisé.

Un marché tiré par la data mobile

Quel que soit le scénario retenu, tous les modèles profiteraient d’une hausse de leurs revenus comprise entre 1,4% (pour le modèle Automated) à 4,2% (pour le modèle Trust) pour des valeurs qui s’étendraient entre 1 276 milliards d’euros et 1 714 milliards, toujours en 2025. Contre 1 090 milliards en 2014 (voir diapo ci-dessous), hors M2M.

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Car, dans tous les cas, le marché sera tiré par la data mobile. « C’est un élément fédérateur, confirme l’analyste de l’Idate. On le voit dans les marchés émergents et avancés. » Les revenus mobiles composeront plus de la moitié du chiffre d’affaires des opérateurs. La data mobile connaîtra une progression annuelle moyenne de 12% pour s’établir à 863 milliards d’euros (contre 248 milliards en 2014). A comparer au 4% annuels de la data fixe du grand public (qui atteindra un chiffre d’affaires de 286 milliards d’euros dans dix ans) et les 1% de la data fixe des entreprises (84 milliards). Une valeur d’autant plus captée par la data que le segment voix régressera de 3% sur 10 ans pour l’offre mobile (à 287 milliards) et de 7% pour l’offre fixe (à 81 milliards).

Pas de scénario unique mais une convergence

« C’est un scénario à 2025 mais on y est déjà, estime Didier Pouillot en guise de conclusion de sa présentation. Les choses évoluent et, pour les opérateurs télécoms, c’est déjà demain. » Façon de dire que les acteurs ont déjà amorcés leurs évolution et que la situation peut évoluer dans un sens que l’on attend pas nécessairement. A l’image du marché européen qui, en 2015, bénéficie d’un retour à la croissance (avec un recul limité à -0,6% après -1,9% en 2014 et -3,8% en 2013) alors que la zone Amérique du Nord connaît un léger repli (-1%) après deux années de hausse.

D’ailleurs, pour Laurent Cuny, président France de Verizon Enterprise Solutions, « on ne verra pas l’émergence d’un scénario unique mais une combinaison de ces quatre scénarios avec, peut-être, une convergence ». S’il est encore difficile de voir comment ces scénarios vont interagir entre eux, la vision des « opérateurs traditionnels qui se concentrent sur les tuyaux d’un côté et, de l’autre, les grandes plateformes du Net qui s’accaparent la valeur est un débat dépassé ». Néanmoins, les acteurs doivent « changer d’ADN » dans leur façon de gérer le logiciel plus que la technologie dans une approche triptyque de connectivité, plate-forme et applications. Une stratégie que Verizon applique déjà à travers ses nombreuses acquisitions ces derniers mois, dont celle d’AOL (et peut-être bientôt de Yahoo) afin « d’élargir notre audience et devenir un acteur majeur des médias pour créer de la valeur à travers la monétisation de cette audience auprès des diffuseurs ».


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