Elon Musk : l’homme qui rêvait plus grand

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Un visionnaire qui tente de répondre aux plus grands défis de l’Humanité ? Ou juste un mégalo qui veut devenir l’égal d’un Steve Jobs ? Le journaliste Ashlee Vance tente de percer le mystère Elon Musk, à la tête de Tesla et de Space X. Via une (trop ?) grande proximité avec son sujet.

Alors que Tesla vient de présenter des résultats trimestriels qui posent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses (un doublement du chiffre d’affaires en un an, mais des pertes qui se creusent) et que le constructeur de véhicules électriques vient de lancer son plus grand pari (avec la sortie de la Model 3), la biographie d’Ahslee Vance, publiée en 2015 et récemment mise à jour, permet d’éclairer l’homme-clef du constructeur qui fait trembler Detroit : Elon Musk. Le journaliste, plume reconnue dans la technologie après ses passages par le New York Times et The Economist (il officie désormais sur Bloomberg Businessweek), brosse le portrait d’un homme qui rêve en grand. Et qui, contrairement à la plupart des patrons de start-ups de la Silicon Valley, ne voit pas la revente d’une société pour quelques millions ou centaines de millions comme un aboutissement personnel.

Ce à quoi rêve Musk, c’est bien d’apposer sa marque dans l’histoire de l’Humanité. « Il a imploré les gens de comprendre qu’il n’était à la poursuite d’opportunités économiques passagères. Il s’efforce de résoudre des problèmes qui le consument depuis des dizaines d’années », écrit Vance, qui rappelle que l’homme d’affaires n’est pas passé loin d’épuiser la fortune construite avec la revente de PayPal pour donner corps à ses projets. Plus que Tesla, c’est plutôt SpaceX qui symbolise l’ambition démesurée de l’homme d’affaires de 46 ans. Rappelons que cette entreprise spécialisée dans le lancement d’engins spatiaux vise rien moins que coloniser Mars. C’est d’ailleurs SpaceX qui fournit les chapitres les plus passionnants de la biographie rédigée par Ashlee Vance.

SpaceX, le vrai bébé de Musk

biographie_MuskLa construction en quelques années d’une entreprise de lancement d’engins dans l’espace, à des prix significativement inférieurs à ceux pratiqués jusqu’alors, tient en effet du tour de force. Et laisse entrevoir les capacités d’Elon Musk – le réel architecte de ce projet un peu fou (contrairement à Tesla, qu’il a repris en main) – à rebattre les cartes d’une industrie, par la fusion de « la science industrielle du vieux monde » et de « la technologie grand public à bas coût », et à attirer les ingénieurs les plus talentueux. Car le portrait que dresse Ashlee Vance est bien celui d’un passionné de technologies, capable de discuter des questions scientifiques les plus pointues sans perdre de vue les aspects plus macro.  Les témoignages des ingénieurs qui côtoient le natif d’Afrique du Sud – et qui pour la plupart lui vouent un véritable culte – sont, à ce sujet, éclairants.

Alors un surhomme ? Évidemment non. Le principal reproche qu’on pourra d’ailleurs adresser à Ashlee Vance est de perdre rapidement toute distance avec son sujet et de sombrer parfois dans la complaisance. Un peu playboy, un peu geek, Elon Musk est aussi franchement mégalo et carrément tyrannique. Un aspect qui ressort assez peu de l’ouvrage, même si l’auteur souligne quelques épisodes très significatifs en la matière, en particulier le renvoi brutal par Musk de sa fidèle assistante.

« Vous me prenez pour un dingue ? »

Ahslee Vance ne prend pas davantage de distance avec l’approche ‘solutionniste’ caractéristique de la Silicon Valley, approche que symbolise à merveille Musk et qui prétend mettre en face de tous les défis qu’affronte l’Humanité une réponse technologique. Comme la voiture électrique pour résoudre la question de la pollution atmosphérique. Comme la colonisation de Mars pour faire face à l’épuisement des ressources de notre planète. Sans réellement penser à ce qu’il adviendrait si la solution s’avérait, au final, inopérante ou insuffisante.

« Vous me prenez pour un dingue ? », avait lancé Musk à Vance à l’issue d’un des dîners qu’il a partagé avec l’auteur de sa biographie. Pour tout dire, la réponse à cette question donne un peu le vertige. Cité dans la biographie, Larry Page, le co-fondateur de Google, s’en tire par une pirouette : « Les bonnes idées sont toujours folles jusqu’au jour où elles ne le sont plus ». Ashlee Vance révèle que Larry Page, Sergey Brin (l’autre co-fondateur de Google) et Elon Musk se réunissent de temps en temps dans un appartement secret situé à Palo Alto, afin d’imaginer les solutions technologiques les plus folles pour sauver le monde. La réunion de brillants esprits  orchestrant le salut de la planète, ou juste un mauvais remake d’un comics de super-héros ?

« Elon Musk ; Tesla, PayPal, SpaceX : l’entrepreneur qui va changer le monde »

Par Ashlee Vance, 24,90 euros, éditions Eyrolles

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