Oracle France entend tirer un trait sur son image de « bad boy »

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Le nouveau DG de la filiale française d’Oracle, Harry Zarrouk, se veut porteur d’un nouveau style, dominé par le mode de relation qu’impose le Cloud et plus à l’écoute des besoins des entreprises.

Quelques mois après son arrivée à la tête d’Oracle France, c’est un peu l’examen de passage d’Harry Zarrouk. Ce 8 novembre, la filiale hexagonale de l’éditeur américain organisait en effet son Digital Day, un événement qui réunissait plusieurs centaines de personnes au Palais Brongniart. Un événement où le nouveau directeur général a voulu marquer une rupture avec le Oracle d’avant, l’éditeur connu pour ses pratiques commerciales agressives et ses factures d’audit salés : « pendant des années, après la phase de négociation du contrat, la pression du projet basculait rapidement chez le client, une fois les licences acquises. Aujourd’hui, le démarrage de la négociation démarre quand le service Cloud est mis en service. Les responsabilités de l’éditeur sur les projets sont beaucoup plus larges », assure l’ancien responsable des infrastructures Cloud d’Oracle. Pour l’éditeur, c’est aussi une façon de tirer un trait sur l’affaire Afpa, pour laquelle la firme américaine a été condamnée en première instance et en appel. Interrogé sur ce point, Harry Zarrouk s’est refusé à préciser si sa société allait se pourvoir en cassation, seul recours encore possible.

Pour faire simple, Harry Zarrouk entend incarner la transformation rapide d’Oracle vers le Cloud, un mode de relation avec les donneurs d’ordre que l’éditeur avait minimisé dans un premier temps avant d’accélérer significativement (comme l’ont montré le dernier OpenWorld ou le rachat de l’éditeur Saas Netsuite). Aujourd’hui, le Saas, le Paas et le Iaas pèsent ensemble environ 1/6 ème du chiffre d’affaires de l’éditeur (soit, au cours du dernier trimestre fiscal, environ un milliard de dollars). Si Harry Zarrouk ne précise pas à quel niveau est parvenue la filiale française, celle-ci est bien engagée dans une transformation de ses équipes afin de donner la priorité au Cloud.

Une centaine de salariés victimes du Cloud

Sur son blog, la CFDT de l’éditeur expliquait cet été : « la transformation de l’entreprise vers le Cloud est réalisée à marche forcée dans une logique de baisse des coûts, de délocalisations et de suppressions de postes massives. Ce sont en particulier les fonctions de support à la vente qui payent le prix fort de cette stratégie ». Dans un billet daté du 2 novembre, le syndicat signale que le plan social qui découle de cette adaptation « à marche forcée » vers le Cloud est en passe d’être mis en œuvre, avec au total une centaine de postes concernés (sur les 1 650  salariés que compte la filiale). Les premiers départs sont attendus dès décembre. Rappelons qu’une précédente coupe claire, mise en œuvre en janvier dernier, avait conduit au départ de 219 salariés (sur les activités support et développement de middleware).

Du côté des clients, le nouveau style porté par Harry Zarrouk est plutôt bien accueilli. « Le changement de ton est très net », confirme Jean-Jacques Camps, le président du club des utilisateurs Oracle (l’Aufo, Association des Utilisateurs Francophones d’Oracle). « Oracle se positionne dans une attitude d’écoute, ajoute le DSI. Les relations commerciales avec l’éditeur semblent aujourd’hui plus fluides ».

A quand un datacenter en France ?

Pour Oracle, la migration vers le Cloud ne sera toutefois pas monolithique. Si, selon les prédictions de son coprésident Mark Hurd, 100 % des applications en développement ou en test basculeront dans le Cloud d’ici 2025, le paysage devrait demeurer plus diversifié sur les applications en production. « D’où l’importance de proposer une offre complète, réversible, permettant la personnalisation aux besoins d’un client », martèle Harry Zarrouk. C’est dans cette perspective que s’inscrit la Cloud Machine, que l’éditeur décrit comme un morceau de son Cloud public installé dans le datacenter du client. « Ce qui répond à des enjeux de souveraineté », glisse Harry Zarrouk. Et permet pour l’heure de masquer (un peu) l’absence de datacenter installé sur le sol français pour supporter les offres Cloud de l’éditeur.

En Europe, l’éditeur affiche sur sa carte des implantations à Londres, en Ecosse (Linlithgow), à Amsterdam et en Allemagne, mais rien dans l’Hexagone. En tout cas pour l’instant. « Une étude en ce sens est en cours », assure Harry Zarrouk, qui doit, sur le front du Iaas, lutter face à deux leaders –AWS et Azure – qui ont annoncé leur intention de poser leurs valises (de serveurs) dans l’Hexagone.

L’actif immatériel de l’AP-HP : la donnée

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Martin Hirsch lors du Oracle Digital Day.

« Le modèle le plus résilient de l’informatique, c’est le modèle de l’expérimentation. Nous sommes à l’heure de l’informatique éphémère », lance le directeur général de la filiale à une salle regroupant plusieurs centaines de personnes. Un modèle que doivent apprivoiser même les plus grandes organisations. Parfois dans la douleur, comme l’a reconnu le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, invité d’honneur de cet Oracle Digital Day. La mutation n’est pas forcément aisée pour ce qui est tout bonnement l’un des plus grands hôpitaux au monde (un débat existe pour savoir si l’AP-HP est n°1 ou n°2), avec 8 millions de patients accueillis par an. « Je dis souvent que nous sommes les champions pour maximiser les inconvénients qui découlent de notre taille, et que nous sommes en revanche faibles pour profiter de ses avantages », lance Martin Hirsch, qui se dit déterminé à vouloir « constituer l’actif immatériel de l’AP-HP ». Soit la donnée.

Si l’établissement est lancé dans un vaste projet de dossier patient (Orbis) – un projet qui est loin d’être un long fleuve tranquille, même si le directeur général assure que l’application sera déployée dans les 39 hôpitaux de l’AP-HP dès 2017 -, Martin Hirsch compte aussi sur un second projet, bien moins pharaonique, pour engranger des données : une application de prise de rendez-vous en ligne. Celle-ci doit être déployée d’ici à septembre prochain. « Ce qui signifie qu’il a fallu s’interconnecter à d’autres logiciels de l’hôpital et aussi obtenir l’accord des médecins pour qu’ils partagent leur planning. Ce qui était une autre paire de manche », dit l’ancien président d’Emmaüs. Qui voit dans ce projet un élément déclencheur, source d’une relation plus riche avec les patients. « On pourra alors gérer les pré-admissions, les enquêtes de satisfaction, les participations à un projet de recherche… », veut croire Martin Hirsch.

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