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Saga IT : les six vies de Microsoft

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Des revenus annuels dépassant 100 milliards de dollars, une capitalisation boursière qui tutoie les 1 000 milliards, un co-fondateur classé dans le top 3 des fortunes mondiales depuis 25 ans…
Après bientôt un demi-siècle d’existence, Microsoft affole les compteurs.

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Le logiciel qui lui a valu son « deal fondateur » tenait dans 4 kilo-octets de mémoire. Son premier système d’exploitation à succès en occupait une centaine. Aujourd’hui, l’ordre de grandeur  est du téraoctet, en tout cas pour les capacités de stockage proposées sur le cloud Azure.

Pour en arriver là, il y eut la montée en puissance dans l’univers du PC, portée par la révolution des microprocesseurs. Mais il y eut aussi des épines nommées Internet, antitrust ou encore mobilité.

1 – L’ère basic

Le 4 avril 1975, William Henry Gates (19 ans) et Paul Allen (22 ans) fondent, à Albuquerque (Nouveau-Mexique), la société qui deviendra Microsoft.

Les deux hommes s’étaient rapprochés lors de leur scolarité à Lakeside School, école secondaire privée de Seattle. Gates y avait fondé un club de programmation dont Allen avait été un des premiers membres.

Traf-O-Data reste le projet emblématique de leurs nombreux travaux menés en commun à l’époque. Destiné à agréger des données de trafic routier et à produire des rapports pour les ingénieurs des transports, le logiciel tournait sur une machine « maison » dotée d’un Intel 8008 (premier microprocesseur 8 bits).

En 1973, Gates se rend à Cambridge, dans l’agglomération de Boston, pour étudier à l’université de Harvard. Allen fait le même chemin peu après, mais pour prendre un poste de programmeur chez Honeywell.

Le duo surveille alors de près la révolution des microprocesseurs. En janvier 1975, la couverture du magazine Popular Electronics retient leur attention. On y annonce le lancement de l’Altair 8800. Cette machine en kit, vendue environ 400 dollars avec sa puce Intel 8080 et ses 256 octets de mémoire, fonctionne avec des interrupteurs et des LED.

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Le produit est commercialisé par l’entreprise MITS (Micro Instrumentation and Telemetry Systems) qui concevait à l’origine des capteurs pour l’astromodélisme. Elle avait ensuite investi le marché des calculatrices électroniques, se heurtant à la rude concurrence de Texas Instruments.

Allen et Gates proposent à MITS de rendre son ordinateur plus accessible aux programmeurs en développant un interpréteur basé sur un langage créé dans les années 60 par des mathématiciens de l’université Darmouth. Ce langage exploite des termes de la langue anglaise dont le célèbre PRINT. Son nom : le Basic (Beginner’s All-Purpose Symbolic Instruction Code).

La version développée pour l’Altair va plus loin que l’originale, en introduisant notamment les sous-programmes et des commandes comme PEEK / POKE (lecture-écriture d’adresses mémoire).

Le contrat signé avec MITS, Allen y prend ses fonctions en tant que vice-président au logiciel… à Albuquerque. Il reste en contact avec Gates, qui le rejoint à l’été.

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Extrait du premier numéro de la revue « Computer Notes », publiée par MITS


Déjà face à Apple
Aux États-Unis, l’Altair remporte un petit succès auprès des hobbyistes. Les deux amis, à nouveaux réunis, se disent que leur basic pourrait être adapté sur d’autres machines, d’autant plus qu’Intel accélère les efforts de promotion de ses microprocesseurs.

Cette ambition se heurte aux réserves de MITS. Mais à l’issue d’une procédure d’arbitrage, il est reconnu que le contrat n’implique pas d’exclusivité. Le champ est libre pour conquérir, en premier lieu, les clones de l’Altair.

En novembre 1976, le nom « Microsoft » (condensé de « Microcomputer » et « software ») est officiellement adopté pour l’enregistrement auprès du secrétariat d’État du Nouveau-Mexique. Allen et Gates ont alors commencé à développer des basics pour d’autres microprocesseurs, dont le 6502 de MOS Technology.

Cette année-là est aussi marquée par la naissance d’Apple, qui présente son premier ordinateur… le 1er avril.

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Extrait du manuel d’utilisation de l’Apple I

Un an plus tard est dévoilé l’Apple II, doté d’un 6502. Ayant développé un basic compatible, Microsoft se rapproche d’Apple. Son offre finit par remplacer, sous le nom AppleSoft BASIC, le basic d’origine codé par Steve Wozniak. La principale différence tient à la prise en charge de la virgule flottante, qui élargit significativement les capacités de la machine.

D’abord livré sur cassette, puis disquette, l’AppleSoft BASIC est finalement intégré en ROM, à partir de l’Apple II Plus, sorti en 1978.

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Extrait du livre « A Touch of AppleSoft Basic » (Apple, 1986)

 

Les premiers logiciels
Entre-temps, Microsoft a signé des accords avec d’autres constructeurs : Tandy Radio Shack pour le TRS-80 (équipé d’un processeur Zilog Z80) et Commodore pour le PET (Personal Electronic Transactor, pourvu d’un 6502). L’entreprise a également commencé à développer des interpréteurs fortran et cobol.

En 1978, le C.A. dépasse 1 million de dollars. Microsoft ouvre un premier bureau à l’étranger (au Japon) et noue un partenariat sur place (avec ASCII Corporation).
L’ouverture au marché européen intervient en 1979, avec l’appui du belge Vector International. L’année s’ouvre sur un déménagement à Bellevue (proche de Seattle), où le vivier de programmeurs est plus vaste.

Microsoft dégaine son premier basic 16 bits (pour le 8086 d’Intel) et commence à développer ses premiers logiciels : Multiplan (tableur) et Word (traitement de texte).

L’accent est mis, pour ces outils bureautiques, sur l’interface graphique. L’influence d’Apple n’y est pas étrangère. La firme a sollicité Microsoft en vue d’écrire des applications pour ce qui deviendrait le Macintosh… et le duo Gates-Allen n’est pas resté insensible au projet.

L’année 1980 marque l’entrée de Microsoft sur un autre segment : le hardware. Son premier produit, la Z-80 SoftCard, est une carte d’extension pour Apple II. Elle dispose d’un processeur Zilog Z80, donnant notamment accès au système d’exploitation CP/M (Control Program for Microcomputers) et à sa logithèque.

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Extrait du magazine « InfoWorld » du 2 mars 1981

2 – L’ère DOS

Microsoft sort aussi, en 1980, son premier système d’exploitation : Xenix. Il s’agit d’un UNIX 16 bits multi-utilisateur, basé sur l’UNIX d’AT&T.
Le catalogue de langages de programmation s’élargit avec un pascal, tandis que Steven Anthony Ballmer, ancien camarade d’école de Bill Gates, est recruté, en provenance de Procter & Gamble.

La décennie débute surtout par la signature, en décembre 1980, d’un contrat avec IBM.

Le groupe américain, ambitionnant d’investir le marché des ordinateurs personnels, avait d’abord songé à acquérir Atari. Il s’était ensuite rapproché de Digital Research, la société de Gary Kildall, concepteur de CP/M (l’intéressé fut co-animateur de l’émission « Computer Chronicles », qui lui rend hommage dans l’épisode ci-dessous).

Les négociations ayant échoué, Microsoft avait été sollicité. La collaboration, menée sous le nom « Project Chess », allait aboutir au lancement, le 12 août 1981, du « Personal Computer ».

L’ordinateur embarque un processeur Intel 8088 à 4,77 MHz, 16 ko de RAM (extensible à 256 ko), un ou deux lecteurs de disquettes 160 ko. Un moniteur couleur est disponible en option. Le ticket d’entrée avoisine les 1 600 dollars.

Plusieurs systèmes d’exploitation sont proposés, mais celui livré en standard (IBM Disk Operating System) est le fruit des travaux de Microsoft. Travaux alimentés par une acquisition : celle de SCP-DOS, système d’exploitation inspiré de CP/M et développé par Seattle Computer Products.

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Extrait du manuel de référence technique de l’IBM PC

Microsoft prend ses précautions dans le cadre du deal en s’assurant qu’IBM n’acquière pas de droits exclusifs. Cela lui permet de courtiser rapidement les fabricants de « compatibles PC » (« clones » du Personal Computer), qui se multiplient, l’ordinateur étant basé sur des composants standard.

En 1982, Multiplan est lancé sur le système qu’on appelle désormais MS-DOS. Word arrive l’année suivante. Microsoft commercialise aussi sa première souris, fabriquée avec le japonais Alps et initialement livrée en pack avec le traitement de texte.

visi-onDans la foulée, une campagne marketing est lancée autour d’un environnement graphique pour MS-DOS. Microsoft affirme le développer sous le nom « Windows » et promet, selon les échos de l’époque, une disponibilité pour avril 1984 (la firme dément avoir pris cet engagement).

Bill Gates s’était véritablement lancé sur ce chantier en 1982. Ce après une démonstration d’un prototype du futur Visi On, signé de l’entreprise à l’origine de VisiCalc, tableur de référence d’alors. GEM (Graphics Environment Manager) de Digital Research était une autre source d’inspiration, tout comme la station de travail Xerox Star, sortie en 1981.

En janvier 1984, le Macintosh est lancé. Microsoft y propose Multiplan, en complément à Write et Paint, développés par Apple. Word arrive, comme Excel, en 1985 et devient véritablement utilisable avec le Mac Plus (doté de quatre fois plus de mémoire vive : 512 k).

3 – L’ère Windows

1985, c’est surtout l’année du lancement de Windows.

Le 20 novembre démarre la commercialisation de ce front-end pour MS-DOS. Fonctionnant sur les processeurs Intel 80286, il nécessite deux lecteurs de disquette double densité et 192 ko de RAM. Plusieurs applications y sont incluses : calendrier, bloc-notes, calculatrice, horloge, Paint, etc.

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Via Microsoft Allemagne

La réception est critique et le démarrage, difficile. C’est sans compter les poursuites amorcées par Apple, qui dénonce la copie de plusieurs fonctionnalités du système intégré au Macintosh. L’affaire se solde sur un contrat qui donne à Microsoft le droit non exclusif de réutiliser, à l’échelle mondiale et sans royalties, une partie des technologies du Mac.

Le C.A. dépasse les 100 millions de dollars au cours de cette année également marquée par la création de la division Electronic Publishing. Elle sera à l’origine de Bookshelf (collection d’ouvrages de référence destinée à illustrer le potentiel du support CD-ROM) ou encore de l’encyclopédie Encarta.

En 1986 interviennent, à quelques semaines d’intervalle, le déménagement à Redmond (État de Washington) et l’introduction en Bourse (61 millions de dollars levés à cette occasion). Sur le volet de l’offre est lancée, sur Mac, la suite Works, qui réunit traitement de texte, tableur, base de données et outils de communication. Le catalogue hardware continue de s’étendre, avec la carte d’extension MACH 10, destinée à accélérer l’exécution de Windows sur l’IBM PC.

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Extrait du magazine « InfoWorld » du 6 octobre 1986


Office : le big deal
En 1987, Windows passe en version 2.0, la dernière à prendre en charge l’installation sur disquette. L’interface évolue, notamment en permettant la superposition des fenêtres (et plus seulement de leurs barres de titre). Une version adaptée d’Excel sort en octobre, peu après l’acquisition de Forethought, société à l’origine de PowerPoint. Works arrive par ailleurs sur MS-DOS.

Pour accompagner la diversification du catalogue, la division « Applications » est restructurée en 1988 – elle représentera bientôt l’essentiel du chiffre d’affaires du groupe. Une division « Multimedia » est créé l’année suivante, tandis que sort, sur Mac, la première version d’Office. Elle réunit Word, Excel, PowerPoint et l’application Mail.

Cette dernière ne figure pas dans le pack lancé en 1990 sur Windows, qui passe en version 3.0 avec un gestionnaire de programmes et un explorateur de fichiers améliorés.

La décennie s’ouvre sur des promesses dans le domaine de la mobilité. Microsoft s’engage notamment à proposer des fonctions de gestion de l’énergie, une meilleure prise en charge des mémoires flash et l’outil Interlink pour faciliter le transfert de données.

Windows for Pen Computing alimente aussi cette stratégie. La suite logicielle est intégrée à Windows 3.1, lancé en avril 1992 et décliné six mois plus tard en édition « for Workgroups » (avec des fonctionnalités réseau de type P2P et partage d’imprimante).
Pour la première fois, l’OS est livrable en français. Gérant, entre autres, les polices TrueType et le redémarrage d’applications, il n’est cependant encore qu’une interface graphique pour MS-DOS.

4 – L’ère Internet

Au chapitre multimédia, Microsoft s’allie avec Intel pour favoriser l’intégration du son et de l’image dans les applications Windows. Et met la main sur des entreprises impliquées dans le domaine, (comme Softimage ; logiciels d’animation 2D/3D), tout en créant une joint-venture avec DreamWorks.

Le virage vers une « ère Internet » est véritablement pris avec Windows 95, lancé le 24 août 1995. L’événement est retransmis en ligne. On y découvre le premier système d’exploitation capable de fonctionner sans passer par le DOS (qui reste toutefois son noyau). Il apporte notamment le menu Démarrer et le Plug & Play.
Internet Explorer est aussi de la partie, mais n’est livré qu’en tant que complément au système d’exploitation. Microsoft, débordé par ce que Bill Gates qualifie de « vague Internet », a négocié une licence auprès de la société Spyglass, à l’origine d’un dérivé de Mosaic.

Le million de ventes est atteint après quatre jours aux États-Unis. À la mi-octobre, on parle de 7 millions d’unités écoulées.

Après trois mois d’exploitation, Microsoft annonce avoir réuni 525 000 membres sur son portail MSN (Microsoft Network). Dans la foulée, Bill Gates dévoile la « stratégie Internet » du groupe. Celle-ci passe par une alliance avec le groupe audiovisuel NBC. Il en résulte une chaîne d’info continue et un service d’actualités en ligne, lancés en juillet 1996.

Une vague d’acquisitions » : de FrontPage à Hotmail
Cette même année naissent les technologies ActiveX, destinées à intégrer du contenu dynamique aux pages web. Microsoft acquiert aussi Vermeer Technologies, éditeur du logiciel FrontPage. Entre-temps, divers partenariats ont été noués. Entre autres avec l’opérateur américain TCI Communications pour intégrer Windows à des millions de box.

Matérialisée également par une agence de voyages en ligne et un site de gestion des finances personnelles, la « stratégie Internet » se répercute dans l’organigramme structurel de la société. Par exemple avec la création de la division « Interactive Media », associant MSN et les activités jusqu’alors sous la coupe de la division « Consumer ». Le bénéfice net annuel dépasse pour la première fois les 2 milliards de dollars.

Les acquisitions se poursuivent, entre autres avec eShop (à l’origine d’un logiciel de création de boutiques en ligne) et Electric Gravity (créateur de l’Internet Gaming Zone). Entre-temps, un partenariat est signé avec AOL, qui intègre Internet Explorer (devenu multilingue en version 2.0) dans son client pour Windows et Mac.

L’année 1996 est aussi celle de l’arrivée d’Encarta sur le Web, du lancement d’Exchange Server… et, dans un autre registre, de la présentation de Windows CE. Sa cible : les appareils mobiles, de communication et de divertissement.

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Photo extraite de « Mobiles Magazine », juin-juillet 1998

La série d’acquisitions se poursuit en 1997 avec WebTV Networks, fournisseur de solutions d’accès à Internet via les téléviseurs (montant : 425 millions de dollars). Microsoft investit ensuite 1 milliard de dollars dans le câblo-opérateur Comcast.

La multinationale travaille, en parallèle, sur un format Dynamic HTML qui remporte l’adhésion de sociétés comme Borland, Macromedia et Time Warner. Elle signe en outre un accord avec Apple pour intégrer Internet Explorer sur Mac.

Le 31 décembre est annoncée l’acquisition de Hotmail. Microsoft débourse alors une somme sans précédent : 500 millions de dollars. Le service de webmail fondé l’année précédente est intégré dans le groupe MSN. Internet Explorer commence pour sa part à prendre le dessus sur son principal concurrent Netscape.

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Hotmail en décembre 1997 (via Internet Archive)


Gates prend du recul ; Ballmer s’affiche en patron
L’année suivante est lancé Windows 98, l’une des dernières versions à reposer encore sur un noyau MS-DOS. Quelques semaines plus tard, Steve Ballmer, vice-président chargé des ventes et du marketing, prend la présidence du groupe.

Microsoft poursuit ses investissements dans le multimédia avec le TV Platform Adaptation Kit, destiné à favoriser les passerelles entre téléviseurs et équipements connectés à internet. L’entreprise aussi ouvre sa première boutique en ligne et crée aussi le portail MSN eShop, pour pousser la recherche et l’achat de produits.
Elle annonce, fin 1999, sa première acquisition à plus d’un milliard de dollars : celle de Visio (logiciel de dessin schématique).

L’année 2000 débute sur une passation de pouvoir : Bill Gates laisse à Steve Ballmer la direction générale de Microsoft.

Quelques semaines plus tard, le grand public peut accéder à Windows 2000.

Derrière ce nom commercial se cache la version 5.0 de Windows NT. Ce système d’exploitation multiutilisateur et multiprocesseur était arrivé sur le marché en 1993.
Développé dans la lignée du partenariat avorté avec IBM autour d’OS/2, il a la particularité de ne pas reposer sur MS-DOS et d’être entièrement en 32 bits. C’est avec lui que le système de fichiers NTFS, successeur du FAT, a fait ses débuts.

Windows NT s’était développé dans l’univers des serveurs. Windows 2000 marque le début de son intégration sur l’ensemble de la gamme de systèmes d’exploitation Microsoft.

La démarche est finalisée en 2001 avec Windows XP. Loué pour sa stabilité, le système est le premier à exploiter à grande échelle la technologie d’activation : un serveur doit valider la clé utilisée pour l’installation. Une ligne téléphonique est mise en place pour qui ne dispose pas d’une connexion internet.

5 – L’ère de la mobilité

En fin d’année, Microsoft renforce sa présence sur le marché des jeux vidéo avec la Xbox, première console à embarquer un disque dur. Il s’en est écoulé, d’après les données officielles les plus récentes, entre 20 et 30 millions d’exemplaires en un peu plus de 7 ans d’exploitation commerciale.

En 2002, Microsoft réalise une autre acquisition à plus d’un milliard de dollars. Elle porte sur Navision, à l’origine d’une technologie d’ERP qui deviendra Dynamics. Entre-temps, un autre investissement a été réalisé dans un câblo-opérateur : plus de 2 milliards de dollars pour le britannique Telewest.

Fin 2002 émerge une autre initiative dans le domaine de la mobilité : le lancement de Tablet PC, technologie qui permet l’usage d’un stylet sur les ordinateurs exécutant une version modifiée de Windows.

Quelques mois plus tard naît la marque Windows Mobile. On peut considérer que ses racines remontent au début des années 90, à travers le projet WinPad, consistant en une version « légère » de l’OS destinée aux produits « autres que les PC ».

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Extrait du magazine « Network World », avril 1993

Abandonné en 1994 malgré le ralliement de constructeurs de premier plan (Compaq, Motorola, NEC…), WinPad est combiné à un autre projet : Pulsar, visant à développer un « super-pager ».

Microsoft impose un certain nombre de spécifications pour cet appareil. Il devra mesurer au maximum 18 x 10 x 2,5 cm, peser au plus 500 g, être alimenté par deux piles AA et disposer d’un écran 480 x 240 pixels au minimum en 4 niveaux de gris. On trouvera au minimum 2 Mo de RAM, 4 Mo de ROM, un clavier avec les touches Alt, Ctrl et Shift, ainsi qu’une connectique PCMCIA, RS232 (série) et infrarouge.

Les premiers modèles sont commercialisés par NEC et Casio fin 1996. Ils tournent sous… Windows CE. Exploitant son propre noyau, l’OS est conçu pour les systèmes « minimalistes » : l’image peut peser à peine un Mo et fonctionner sans support de stockage.

Au début des années 2000, naît, sur la base de Windows CE 3, l’environnement Pocket PC. Microsoft entre alors en concurrence plus frontale avec les assistants personnels (PDA), qui utilisent l’écran tactile comme principal moyen d’interface utilisateur.

Microsoft, trop puissant ?
Avec la version 2003 de Pocket PC (basé sur Windows CE 4 et apportant entre autres la prise en charge des écrans carrés), la marque Windows Mobile voit le jour.

Cette même année, Microsoft lance Windows Server, intégré dans un portefeuille qui comprend une dizaine de produits.

Le business de plus en plus tentaculaire du groupe est alors sous le feu des régulateurs, notamment aux États-Unis.

Sur place, la FTC (Commission fédérale du commerce) avait adressé un premier signal en 1992, s’inquiétant d’un éventuel abus de position dominante sur le marché des systèmes d’exploitation. Sans suite.

Le ministère de la Justice (DoJ) avait pris le relais en 1993. Sous la pression, Microsoft avait accepté de proscrire toute vente liée de logiciels… mais pas de « fonctionnalités supplémentaires ». Ce sera l’un de ses axes de défense au sujet d’Internet Explorer, effectivement livré « séparément » de Windows 95.

L’enquête débouche, en 1998, sur l’ouverture d’un procès dans le cadre duquel 20 États américains se joignent aux plaintes du DoJ. Il est reproché à Microsoft d’étouffer la concurrence, tout particulièrement en forçant les constructeurs de PC à intégrer Internet Explorer.

En 1999, la justice conclut à un monopole mis à profit pour exclure de nombreux rivaux dont Apple, Java, Linux et Netscape. Elle demande alors la scission de Microsoft en deux entités : une prendrait sous son aile Windows ; l’autre, le reste des logiciels.

La Cour d’appel ayant rejeté ce scénario, l’affaire aboutit à un accord à l’amiable. Dans les grandes lignes, Microsoft accepte de mettre un frein à ses accords commerciaux exclusifs, de permettre aux utilisateurs finaux de supprimer certaines fonctionnalités de Windows et d’ouvrir certaines API aux concurrents.

Malgré le désaccord d’une dizaine d’États, l’accord est validé en 2004. L’essentiel des mesures qu’il comprendre prennent fin trois ans plus tard.

Question(s) d’ouverture
En Europe aussi, les premières poursuites sont lancées au début des années 90. Novell accuse Microsoft de pratiques abusives en matière de concession de licences. L’éditeur du système d’exploitation de réseau NetWare affirme que les partenaires qui fournissent Windows doivent payer une redevance pour tout ordinateur vendu, que celui-ci embarque ou non Windows. Un accord est rapidement trouvé.

En 1998, c’est au tour de Sun d’attaquer. Son argument : l’ouverture insuffisante de certaines interfaces de communication propriétaires de Windows NT.

L’Union européenne se penche sur le problème. Le spectre de son investigation finit par s’élargir pour englober les technologies de streaming multimédia.

Une décision préliminaire tombe en 2003 : Microsoft doit, d’une part, fournir une version de Windows XP dépourvue du lecteur Windows Media. Et de l’autre, fournir aux éditeurs concurrents les informations nécessaires pour assurer l’interopérabilité de leurs logiciels avec les protocoles de communication sus-évoqués.

La suite est une histoire d’amendes successives (plus d’un milliard d’euros au total) pour non-respect des délais imposés… ou tout simplement non-exécution des consignes de la Commission européenne.

Microsoft n’est pas inquiété sur certains segments d’activité comme la recherche en ligne, où sa part de marché est moindre. En 2009, après une tentative d’acquisition de Yahoo soldée par un échec malgré une offre à près de 50 milliards de dollars, Bing est lancé. Il succède à MSN Search, ouvert quatre ans auparavant.

À l’aventure avec Nokia
Peu après, c’est au tour de Windows 7… et de sa déclinaison Windows Phone 7. L’OS mobile reste basé sur Windows CE, mais son interface évolue nettement, favorisant le contrôle tactile non pas au stylet, mais au doigt. Le développement d’applications se fait à partir de Silverlight. La compatibilité descendante avec Windows Mobile n’est pas assurée.

Au démarrage de Windows Phone, trois constructeurs sont dans la boucle : HTC, Samsung et LG – qui sera le premier à lâcher ouvertement l’affaire, après moins de deux ans. HP, qui s’était montré initialement intéressé, préfère se concentrer sur webOS.

En 2011, Microsoft rallie Nokia, qui s’engage, en parallèle, à stopper ses investissements dans Symbian et MeeGo. C’est aussi l’année du lancement d’Office 365 et de l’acquisition de Skype (pour 8,5 milliards de dollars).
Les liens avec Nokia se resserrent rapidement : en septembre 2013, Microsoft annonce son intention d’acquérir, pour 5,4 milliards d’euros, l’activité « Terminaux et Services » du groupe finlandais.

Les deux groupes ambitionnent alors de « redéfinir les frontières de la mobilité ».
Au fil des mois, Microsoft privilégie la marque Lumia, aux dépens de la marque Nokia, qui subsiste sur le segment des feature phones.

L’intégration est lourde sur le plan financier. Elle entraîne des milliers de licenciements, entre autres du fait de la fermeture du site de développement de Salo (Finlande).

L’ensemble ne permet pas à la plate-forme de décoller : elle dépasse péniblement les 10 % de part de marché dans quelques pays lorsque sort, en 2012, Windows Phone 8 (parallèlement à Windows 8 et à la gamme Surface). Reflet des travaux sur la convergence de Windows et de Windows Mobile, le noyau CE est remplacé par le noyau NT.

6 – L’ère du Cloud

L’unification intervient véritablement en 2015 avec Windows 10 Mobile. Microsoft propose une base unique capable d’exécuter des applications dites « de plate-forme universelle » partageant le même code source. La gamme Lumia représente alors la quasi-totalité des ventes de Windows Phones.

Steve Ballmer n’est plus du voyage : Satya Nadella a repris le flambeau en février 2014. (Bill Gates lâchant la présidence du conseil d’administration).
Arrivé en 1992 chez Microsoft, l’intéressé avait vu son influence grandir avec la montée en puissance du cloud dans la stratégie de l’entreprise. Il avait gravi les échelons jusqu’à devenir vice-président exécutif de la division « Cloud and Enterprise ».

À peine investi, le nouveau patron redéfinit les priorités autour d’un objectif : apprivoiser, entre cloud, technologies mobiles et Internet des objets, l’ubiquité de l’informatique.

La première grande opération de croissance externe sous l’ère Nadella porte sur LinkedIn. Microsoft signe un chèque de plus de 26 milliards de dollars.

Le rapprochement est annoncé en juin 2016, à l’issue de quatre mois de négociations face à des concurrents comme Salesforce.
Ce dernier a tenté de brandir l’épouvantail antitrust devant la Commission européenne. Microsoft a finalement dû faire des concessions, notamment sur le principe d’un ouverture de certaines API.

Depuis lors, les données issues de LinkedIn ont alimenté de nombreux services Microsoft. Elles ont par exemple été intégrées dans les cartes de profil d’Office 365, dans Word pour aider à la rédaction de CV et dans un réseau publicitaire display basé sur la plate-forme Bing Ads.
D’autres produits ont été lancés dans le même temps, dont une solution personnalisée de formation professionnelle exploitant la plate-forme de cours en ligne lynda.com.

Le Microsoft de Satya Nadella a réalisé une autre acquisition majeure : 7,5 milliards de dollars en 2018 pour GitHub.
La plate-forme d’hébergement de projets logiciels collaboratifs succède, dans le portefeuille du groupe, à CodePlex, exploité entre 2007 et 2017. En toile de fond, un engagement pour l’open source marqué, fin 2016, par l’adhésion à la Fondation Linux… loin du discours qu’a longtemps tenu Steve Ballmer.

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Azure : 10 ans  dans le Cloud
Linux est aujourd’hui le système d’exploitation le plus répandu sur Azure.
Il n’en était pas ainsi au lancement de la plate-forme, en janvier 2009 (la phase commerciale ayant débuté un an plus tard).

Au démarrage, de nombreux services n’étaient accessibles que dans leurs fonctionnalités de base, à l’image de SQL, qui n’était « pas entièrement relationnel », comme l’expliquait Microsoft.

L’offre s’est nettement élargie depuis lors : blockchain, intelligence artificielle et Internet des objets y ont leur place, y compris à renfort de partenariats. Elle tire désormais la croissance de Microsoft, quand bien même il est compliqué d’en estimer les revenus.
Cette difficulté s’explique en particulier par l’intégration de l’offre SaaS Office 365 – lancée en 2011 – dans un segment d’activité à part.

Le développement du cloud a impliqué des réorganisations. Par exemple au niveau des forces de vente, avec, à la clé, des suppressions de postes.
Il a également été source d’opposition avec les gouvernements. Plus particulièrement aux États-Unis, où une affaire relative à des données stockées à l’étranger est remontée jusqu’à la Cour suprême.

Dans le même temps, Microsoft a continué à perdre du terrain dans la mobilité. Jusqu’à annoncer la fin de la prise en charge de Windows 10 Mobile, pour décembre 2019. Sa stratégie dans le domaine s’est recentrée sur l’écosystème Office.

Photo d’illustration principale (campus de Redmond) Stephen Brashear / Getty Images

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