Retraite chapeau : Didier Lombard poursuivi au pénal par la CFE-CGC

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La CFE-CGC conteste devant la justice la retraite supplémentaire de Didier Lombard. L’ex-patron d’Orange touche, depuis 2011, près de 350 000 euros par an à ce titre.

Le CFE-CGC confirme avoir déposé plainte au pénal au sujet de la retraite chapeau versée à Didier Lombard, l’ex-patron de France Télécom / Orange. Révélée par Challenges, cette plainte du syndicat, datant du 30 mai dernier, attaque la légalité de cette retraite supplémentaire versée par Orange depuis 2011 et se montant à 346 715 euros par an. Dans son communiqué, le syndicat souligne avoir mené plusieurs actions visant à répondre à ses interrogations – questions lors de l’AG des actionnaires, lettre ouverte à Didier Lombard, questions à la direction actuelle de l’opérateur –, avant le dépôt de sa plainte. Et la CFE-CGC d’affirmer que les réponses apportées par la direction juridique d’Orange n’apportaient « aucune explication légitimant le versement d’une retraite chapeau à Didier Lombard ».

Pour le syndicat, les conditions d’obtention de cette retraite violeraient la loi dite TEPA (travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat) de 2007, qui prévoit que ces bonus soient assujettis à l’atteinte d’objectifs. Or, la convention prévoyant le versement de la retraite supplémentaire à Didier Lombard a été écrite par le conseil d’administration d’Orange avant la loi Tepa. Et n’a jamais été amendée depuis.

Par ailleurs, le syndicat relève que le dirigeant s’est fait attribuer cette petite douceur après avoir fait valoir ses droits à la retraite de la fonction publique le 1er mars 2004. La CFE-CGC profite de cette bizarrerie pour se demander « à quel titre il a  bénéficié de cette retraite chapeau, dans la mesure où D. Lombard a enchaîné plusieurs situations après cette mise en retraite officielle de la fonction publique : mandataire social en tant que PDG, puis simple président, puis salarié de l’entreprise. »

Mis en examen dans l’affaire des suicides

Sur le fond, c’est surtout le manque de « décence » et « d’éthique » de l’ex-patron d’Orange que critique le syndicat. Qui remarque que Didier Lombard cumule un siège au conseil d’administration de la société Radiall, un poste d’administrateur de Thales, la présidence de Technicolor (ex Thomson), et celle du conseil de surveillance de ST Microelectronics.

Rappelons que le dirigeant est sous le coup d’une procédure pour harcèlement moral au sein de France Télécom. Il a été mis en examen dans ce dossier en juillet 2013. Cette mise en cause porte sur son rôle dans la restructuration de l’entreprise qu’il a dirigé entre 2005 et 2010. Engagé dans le plan baptisé NexT, France Télécom a supprimé 22 000 postes entre 2006 et 2008, et procédé à 14 000 changements considérés par les représentants syndicaux comme des « mobilités forcées ». Dans ce contexte délétère, une trentaine de suicides de salariés de l’opérateur historique se sont produits en 2008 et 2009.

La somme provisionnée par Orange pour verser la retraite supplémentaire de son dirigeant est estimée à entre 8 et 10 millions d’euros. Récemment, la retraite chapeau d’un autre dirigeant emblématique, Gérard Mestrallet (GDF Suez), qui doit toucher plus de 830 000 euros par an à partir de 2016, a déclenché une vive polémique. Le gouvernement avait désapprouvé cette pratique mais avait été contraint de la valider.

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