Face au Shadow IT : le soldat Devops peut-il sauver la DSI ?

DéveloppeursDSILogiciels

La démarche Devops vise à accélérer la livraison de nouvelles fonctionnalités ou applications. De quoi redorer le blason de la DSI aux yeux des métiers ?

La voie royale pour adapter les organisations à la révolution digitale. C’est en somme la façon dont CA Technologies positionne le Devops, cette réorganisation des équipes de développement visant à accélérer la mise sur le marché des nouvelles fonctionnalités et versions. Pour Eric Grotefeld, vice-président pour l’application delivery au sein de l’éditeur américain, il s’agit avant tout de faire face à une contraction du temps : « les organisations doivent réagir vite parce que l’économie change vite », dit-il. Andrew Buss, du cabinet d’études IDC, parle d’une troisième génération de plates-formes informatiques, après l’ère du mainframe et celle du client/serveur : « une ère dominée par l’économie en réseau et les terminaux mobiles où les utilisateurs se comptent en milliards et les apps en millions. Et où les cycles de développement s’accélèrent ». Et Eric Grotefeld de citer en exemple Amazon qui met du code en production toutes les 20 secondes sur sa plate-forme de commerce électronique. Là où certaines DSI ont besoin de 6 mois pour répondre aux attentes des métiers, incitant ces derniers à trouver des solutions en externe (via les services en Saas notamment). « Les questions relatives au time to market (durée nécessaire à la mise sur le marché d’un nouveau produit ou service, NDLR) ne sont pas nouvelles, assure Julien Bensaid, responsable de l’activité testing chez Atos. Mais, là où auparavant on parlait d’amélioration de 20 %, 50 % ou 60 %, on vise aujourd’hui des facteurs d’amélioration compris entre 5 et 10 ».

D’où l’intérêt pour le Devops, qui apparaît finalement comme une évolution des méthodes de développement agile. « C’est à la fois une évolution du processus, avec le cycle complet de développement et de mise en production intégré à chaque itération, et une transformation des organisations, avec des équipes réunissant des compétences traditionnellement logées dans différentes entités », décrit Julien Bensaid. Ainsi les tests, jusqu’à présent souvent gérés par des équipes séparées des développeurs, sont maintenant intégrés aux entités Devops. Tout comme les compétences métier ou marketing. « Nous assistons à une forme de commercialisation de la DSI, avec l’arrivée de profils orientés ventes ou marketing », assure Andrew Buss, d’IDC.

Pour les éditeurs de solutions de gestion du cycle de vie des applications – les BMC, CA, HP, Microsoft ou IBM -, le Devops se traduit par des extensions de leur suite, notamment sur le volet des mises en production. Plusieurs rachats de spécialistes (Nolio par CA et UrbanCode par IBM) montrent l’intérêt pour le Devops des éditeurs positionnés sur le créneau du cycle de vie des applications.

« Le plus important, c’est l’état d’esprit »

Même si l’essentiel ne réside pas dans les outils. « La clef c’est de casser les silos existant au sein de l’organisation », selon Joe Butler qui dirige les services d’intégration de DHL Supply Chain en Grande-Bretagne. Et de parvenir à une hybridation des compétences au sein des équipes Devops. « Pour nous, il est essentiel que les développeurs comprennent le métier des opérateurs travaillant en entrepôt », reprend Joe Butler. « Il ne s’agit pas de technologie, mais bien d’un changement de culture », abonde Andrew Buss d’IDC. « L’état d’esprit des équipes est finalement plus important que les compétences que l’on réunit », assure même Ahmad Alayan, qui dirige le Devops chez l’opérateur télécom suisse Swisscom.

Pour Ben Wootton, co-fondateur de Contino, un cabinet de conseil anglais spécialisé en Devops qui a développé un modèle de maturité des entreprises sur le sujet, si l’aspect organisationnel est évidemment essentiel, il ne faut pas pour autant totalement gommer l’aspect technique. Notamment l’automatisation des tests, de la gestion des versions et de l’infrastructure. « Parfois, il nous arrive de faire des audits pour évaluer la maturité d’une entreprise en matière d’organisation Devops et de découvrir que la lacune majeure réside dans l’automatisation des tests. Ou vice-versa », assure le consultant.

Dégraisser le mammouth informatique

Ahmad Alayan Swisscom
Ahmad Alayan, Swisscom.

Pour un DSI, reste à savoir par où démarrer. « Dans cette révolution culturelle, il faut savoir choisir sa bataille, explique Ben Wootton. Nous divisions les applications en trois familles : les rapides, disponibles sur le Web ou les terminaux mobiles et qui sont entre les mains des consommateurs, les moyennes et les lentes, comme celles relatives à la comptabilité ». Façon de dire que ce sont les premières qui bénéficieront le plus d’une démarche Devops. Justement l’approche retenue par Swisscom, qui a bâti une équipe Devops pour mettre sur le marché une nouvelle offre de télévision numérique. Une offre montée entièrement « en un peu plus d’un an, – développement de la set top box y compris – et reposant sur une infrastructure Cloud », explique Ahmad Alayan. L’offre a été conçue conçue sans lien avec le système de télévision que Swisscom opère depuis des années. « Sans démarche Devops, cela nous aurait pris environ trois fois plus de temps », assure le responsable au sein de l’opérateur. Une durée qui aurait mis l’entreprise suisse en difficulté sur ce marché, face à l’arrivée de nouveaux concurrents comme Netflix. Lancée en avril dernier, l’offre TV 2.0 de Swisscom compte aujourd’hui quelque 60 000 clients.

Pour Julien Bensaid (Atos), si les applications mobiles ou Web mises entre les mains des clients sont les premières candidates à une démarche Devops, le mouvement touche aujourd’hui aussi les applications métiers, à vocation purement interne. Et de citer le cas d’une organisation qui rebâtit son environnement sur la base d’apps proposées sur un store d’entreprise. « Tous les employés de l’organisation ont par exemple accès à une application de CRM. Avec, en fonction de leur rôle, des niveaux d’information différents », note le responsable de la SSII. Tout un chacun peut ainsi disposer d’une synthèse des 10 derniers contrats signés lui permettant de vérifier que l’entreprise est bien en ligne avec ses objectifs et sa stratégie. Pour Andrew Buss (IDC), « le back-end informatique des entreprises doit maigrir, devenir plus sobre. L’IT a grandi en silos, est trop fragmentée, trop complexe dans les entreprises. Ce qui freine l’innovation. »

Reste à savoir si le Devops profitera réellement aux DSI, car les métiers pourraient aussi s’emparer de ce type de démarche pour monter des équipes de développement dédiées à leurs besoins au sein de leurs murs, un peu comme il en existe parfois pour l’analytique. Si, pour Ben Wootton (Contino), le Devops va sauver le DSI englué dans une IT qui ne répond plus aux attentes des métiers, la vérité probablement moins tranchée pour Julien Bensaid. « En réalité, le Devops ne sera probablement ni le sauveur de la DSI, ni l’instrument de sa disparition, mais simplement un vecteur de rapprochement entre l’informatique et les métiers ».

En complément :

Carlos Gonçalves, SGCIB :« En 2015, la moitié des applications sera livrée en continu »

Bastien Martins Da Torre, CA Technologies : « le Devops renforce la crédibilité de la DSI »


Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur