80 000 agents SNCF seront équipés de tablettes

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Dans le cadre de son nouveau programme digital, la SNCF mise sur les outils mobiles pour optimiser ses opérations de maintenance, sur son réseau et sur son matériel. La compagnie s’engage également à améliorer la connectivité 3G, 4G et Wi-Fi dans ses gares et ses trains.

Tyrode PépyInterpelée en fin d’année dernière par la secrétaire d’Etat au Numérique Axelle Lemaire sur l’absence de Wi-Fi dans les TGV, la SNCF a répondu ce matin, via une conférence de presse détaillant les projets du groupe en matière de numérique. Présenté par Yves Tyrode (à droite sur la photo), directeur du digital, et Guillaume Pépy (à gauche), le président du directoire, le programme, appelé Digital SNCF et doté de 150 millions d’euros par an d’investissements sur trois ans, se décline en 8 projets majeurs. Objectif selon Guillaume Pépy : accélérer l’utilisation « de ce levier de la transformation de l’entreprise », tant en agissant sur la relation client que sur la qualité des prestations de l’entreprise.

Les deux principaux projets concernent l’équipement de dizaines de milliers d’agents en tablettes ou phablettes et l’amélioration de la connectivité pour les voyageurs. « Le sujet n°1, c’est d’avoir de la couverture 3G et 4G partout, dans tous les trains et dans toutes les gares », a martelé Yves Tyrode.

3G et 4G d’abord, Wi-Fi en complément

Ce projet, baptisé Net.SNCF, repose sur un travail en commun de la compagnie ferroviaire, des opérateurs et du régulateur du secteur des télécoms, l’Arcep. « C’est la méthode de la main tendue », résume Yves Tyrode. Qui annonce trois actions immédiates. D’abord une campagne de mesure de la couverture 3G et 4G menée à partir de mars sur l’ensemble du réseau. Ces mesures, qui s’appuieront sur les procédures de l’Arcep, doivent aider à repérer les zones blanches. La SNCF s’engageant ensuite à faciliter l’accès de ses infrastructures (tunnels y compris) aux opérateurs pour le déploiement d’antennes. Ce plan centré sur les réseaux de téléphonie mobile – et la bonne volonté des quatre opérateurs – sera complété par un volet Wi-Fi. « Nous allons densifier la connectivité dans des cas précis, comme certaines gares et les TGV », précise Yves Tyrode.

Pour le Wi-Fi à l’intérieur des rames à grande vitesse, la SNCF emploiera une nouvelle technologie non plus basée sur le satellite – le choix privilégié lors de ses premières expérimentations – mais sur la 4G. Selon Yves Tyrode, la solution technique doit être choisie à la fin de ce semestre pour un lancement officiel de l’offre sur la ligne Paris-Lyon dès la fin 2016 (avec un test commercial dès juin de cette année). Suivront la ligne grande vitesse Est et Paris-Bordeaux à la mi-2017. La SNCF précise que le Wi-Fi sera gratuit dans les TGV. Notons que cette amélioration de la connectivité sans fil doit également servir à faciliter les opérations des agents de la société nationale.

© Philippe Fraysseix
© Philippe Fraysseix

Car, en parallèle de ses projets visant les voyageurs, la SNCF mise largement sur les terminaux mobiles. « Déjà 30 000 agents sont équipés de terminaux mobiles, dit Yves Tyrode. Notre cible, c’est l’équipement en tablettes et en applications de 80 000 agents », au cours de la première vague de déploiement qui court sur 6 mois. L’entreprise envisage ainsi d’équiper les agents chargés de la surveillance du réseau (au nombre de 12 000), « pour qu’ils puissent saisir au plus près du terrain les données issues de leurs observations, actuellement saisies sur des supports papier », explique Marc-Henri Scheiner, de la direction de l’infrastructure SNCF. A la clef, une automatisation des traitements et des analyses de données. Pour les tâches de surveillance de longues portions du réseau, les agents seront équipés de phablettes, tandis des tablettes seront privilégiées pour l’inspection des installations fixes, comme les aiguillages. « Pour cet usage, la tablette est l’outil le plus adapté, car l’écran est assez grand pour afficher des plans ou lire des documents », reprend le porte-parole de l’entreprise. Les outils et la première application métier doivent être déployés d’ici à fin 2015. « C’est une première brique, d’autres applications suivront », assure Marc-Henri Scheiner.

Big Data : analyser les flux de voyageurs

Même transition vers les tablettes côté maintenance matériel. Ce second projet de mobilité vise à doter les 10 000 agents d’une documentation structurée et à mieux tracer les interventions antérieures. « À titre d’exemple, la documentation de réparation des essieux comporte plus de 500 pages », illustre Christophe Lière, de la direction du matériel. En test sur deux sites actuellement, le projet doit être étendu, avec le déploiement de 700 tablettes supplémentaires mi-2015. 8 100 terminaux doivent encore être mis en service en 2016 pour équiper tous les centres de maintenance.

Parmi les autres projets innovants dévoilés ce matin, signalons également Flux.SNCF, qui vise à collecter, structurer et analyser les données de déplacement des millions de voyageurs pour améliorer les services et mieux piloter les activités de l’entreprise. Les autres actions du transporteur visent plutôt au développement de l’écosystème de start-up gravitant autour de l’entreprise : accélération de la stratégie Open Data (avec la mise à disposition des horaires théoriques, des horaires temps réel et des correspondances, via un modèle économique basé sur le volume des flux), création d’un store (d’abord réservé aux développeurs internes avant d’être ouvert à l’externe), création d’un fonds d’investissement doté de 30 millions d’euros (Digital SNCF Ventures), lancement d’un réseau d’incubateurs et de centres d’expertise (les Fabs).

Pépy croit à l’Internet des objets

Concrètement, la SNCF prévoit d’ouvrir quatre Fabs, chacun d’entre eux se spécialisant sur un sujet : le Big Data ; l’Open Data et les API ; le design des applications mobiles ; et enfin les objets connectés et la robotique. Un dernier domaine qui semble intéresser particulièrement Guillaume Pépy. « Dans les entreprises de transport, l’Internet des objets sera une vraie révolution dans la qualité de la production », veut croire le président du directoire. Qui cite quelques cas d’usage concrets comme l’auto-diagnostic des locomotives et des trains – pour améliorer la maintenance et la disponibilité du matériel – ou encore l’équipement des trains en compteurs d’énergie connectés – afin de favoriser les pratiques d’éco-conduite dans les transports publics.

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Crédit photo : Thomas SIMONIN | SNCF

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