Matthieu Bourguignon (Alcatel-Lucent) : « Accélérer la pénétration du très haut débit en France »

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Matthieu Bourguignon directeur ventes Alcatel-Lucent France

Dans le cadre d’un partenariat de codéveloppement, Alcatel-Lucent va équiper Orange en small cells 3G/4G/Wifi et en boîtiers pour apporter la capacité de la fibre optique sur la prise téléphonique.

Michel Combes avait évoqué un partenariat dans le très haut débit avec Orange lors de la présentation du plan Shift de relance d’Alcatel-Lucent en juin. Mais sans entrer dans les détails.

Nous y revenons avec Matthieu Bourguignon, nouveau directeur des ventes en France et qui a également la responsabilité globale du compte Orange.

Silicon.fr – Sur quoi porte l’accord de développement avec Orange ?

Matthieu Bourguignon – Alcatel-Lucent et Orange se sont associés pour imaginer et construire des solutions d’accès haut débit afin de permettre aux utilisateurs d’être toujours connectés (“Always connected”). Ce partenariat porte sur les offres mobile et fixe FTTH (fibre à domicile).

Matthieu Bourguignon, directeur des ventes Alcatel-Lucent France
Matthieu Bourguignon : “Le partenariat avec Orange nous fait gagner plusieurs mois.”

Sur le sans-fil, l’objectif est de proposer une solution matérielle de type small cell (petite cellule) à moyen terme qui supportera simultanément la 3G, la 4G et, ce qui est nouveau, le Wifi. La problématique inclut la question opérationnelle du déploiement et de l’exploitation des cellules afin de densifier et décharger les réseaux mobiles. On espère les premiers déploiements pour fin 2014 ou début 2015.

Sur la partie fixe, la problématique porte sur l’accès de la fibre jusqu’à l’intérieur du domicile. Si beaucoup d’immeubles sont connectés à la fibre, celle-ci ne va pas jusqu’à l’appartement, car cette opération nécessite l’intervention d’un technicien à l’intérieur du domicile ce qui pose un frein à l’adoption de la fibre.

Nous développons donc un boitier qui reliera la paire de cuivre du réseau téléphonique du particulier à la fibre connectée à l’immeuble. Ce boîtier pourra supporter des débits jusqu’à 1 Gbit/s sur paire de cuivre.

Le premier prototype sera présenté tout prochainement. Je l’ai eu en main cette semaine. On prévoit de lancer les premiers tests grandeur réelle en fin d’année pour une commercialisation en 2014. Il s’agit d’un produit générique qui adressera tous les opérateurs, tant en France qu’à l’international. Nous espérons que la France en aura la primeur mondiale.

Quelle technologie sera utilisée pour transporter 1 Gbit/s sur paire de cuivre ?

Il s’agit du VDSL2 qui, à partir d’un chemin cuivre que l’on évalue à moins d’une centaine de mètres, permettra d’atteindre le gigabit. Il n’y a pas de risque d’interférence sur les lignes ADSL puisque le boîtier ne sera pas déployé au niveau des répartiteurs, comme pour le VDSL2, mais en amont dans l’enceinte de l’immeuble où il faisait le lien entre le cuivre et la fibre. Le boîtier pourra également adresser les zones pavillonnaires.

Ce boîtier a-t-il un nom ?

Michel Combes avait évoqué avec humour le «Fiber to the Palier», on retiendra probablement «Fiber to the Door» (FTTD) comme référence technique.

Cet accord avec Orange entre-t-il dans les partenariats de codéveloppement insufflés par le plan Shift et que vous apporte-t-il concrètement ?

A l’origine du partenariat, nous partagions la même analyse, à savoir que le point de blocage du très haut débit fixe était la pénétration de la fibre dans le domicile. Le fait qu’Orange nous suive sur ces développements et donne son feedback au fil des tests grandeur nature que l’opérateur va réaliser sur des poches d’abonnés (quartiers, petites villes) va nous faire gagner plusieurs mois de développement et accélérer d’autant la mise sur le marché des produits. Orange pourra influencer la solution et les roadmaps.

Le projet favorise donc l’innovation entre deux gros acteurs français, et il est bien supporté par les pouvoirs publics dans l’optique d’accélérer la pénétration du très haut débit en France. L’accord reflète donc typiquement la volonté du plan Shift de développement conjoint avec nos clients. De plus, les deux volets de l’accord portent autour du très haut débit qui est un pilier central du recentrage d’Alcatel-Lucent présenté dans le plan Shift.

La solution FTTD s’adressera-t-elle aux entreprises ?

A partir du moment où l’on amène du très haut débit, la solution pourrait tout à fait être utilisée par les entreprises avec quelques adaptations.

Les small cells 3G/4G/Wifi s’inscrivent-elles comme un moyen pour Alcatel-Lucent de revenir sur le marché mobile en France après la défection de SFR et Bouygues Telecom sur la 4G ?

En France, je retiens surtout que l’on a gagné Orange en 2G, 3G et LTE et que l’opérateur continue à déployer avec nous un certain nombre de villes.

Les small cells sont une façon de répondre aux besoins des opérateurs en augmentant leur capacité et déchargeant leur réseau macro. C’est une solution complémentaire à l’infrastructure macro. Les small cells représentent une solution flexible et économiquement viable pour couvrir les zones denses. Notre approche multi-technologique garantit une connexion homogène pour tous les utilisateurs et tous les terminaux.

Propos recueillis le 6 septembre 2013.


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