Orange veut lancer son propre système d’exploitation

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Développement d’un système d’exploitation, dénonciation de l’augmentation de TVA, problème de déploiement de la fibre optique et gestion des problèmes de suicides. Stéphane Richard revient sur les sujets brûlants de la rentrée.

Qui a dit que l’offre de systèmes d’exploitations pour PC se cantonnait à Windows et Mac OS, voire une des nombreuses distributions Linux? Sûrement pas Stéphane Richard. Le directeur général de France Télécom/Orange a invité, le 8 octobre prochain à Paris, les patrons Vodafone, Telefonica et Deutsche Telekom à « réfléchir en commun à la création d’un système d’exploitation, qui est le cheval de Troie utilisé par les Google et autre Apple pour établir leur propre relation avec nos clients », annonce Stéphane Richard dans une interview donnée au Figaro.

Le projet sort à peine des cartons et pourrait prendre la forme d’une petite société commune aux quatre opérateurs. L’idée étant de s’appuyer sur le milliard de clients regroupés pour tenter d’influencer l’industrie dans un « monde le plus ouvert possible ». Voilà qui va faire plaisir à Microsoft et Apple, champions des OS propriétaires. Le dirigeant d’Orange ne précise toutefois pas si ce futur système d’exploitation (que l’on peut vraisemblablement espérer tiré d’un noyau Linux) se destinera aux seuls terminaux mobiles où bien lorgnera du côté des netbooks et autres tablette PC.

A ce propos, Stéphane Richard nous apprend qu’Orange lancera bien la Galaxy Tab de Samsung siglée de la marque de l’opérateur ainsi qu’un produit similaire construit par Huawei sous Android à moins de 200 euros. Ces deux offres devraient voir le jour avant la fin de l’année.

Le patron d’Orange est également revenu sur la question du passage de la TVA de 5,5% à 19,6% exigée par le gouvernement sur les abonnements Internet triple et quadruple play. « Ce n’est pas une niche fiscale, c’est un coup de massue fiscal, s’insurge le dirigeant. Depuis 2008, le secteur des télécoms supporte déjà quatre nouvelles taxes. En incluant le surplus de TVA, ces taxes coûteront, rien que cette année, près de 900 millions d’euros à Orange! Quel signal pour l’avenir alors qu’on nous demande dans le même temps de faire des investissements lourds pour développer la fibre? » En conséquence, il confirme que les 230 millions que coûtera la mesure à l’opérateur sera reporté sur la facture finale du client. « Nous ne pouvons faire un cadeau de cette importance. »

Côté déploiement du très haut débit, Stéphane Richard explique la lenteur de l’arrivée de la fibre optique par un cadre réglementaire « très compliqué » avec une délimitation des zones selon la densité de population « pas suffisamment clair[e] » et une hétérogénéité des groupes de télécommunication ignorée des instances dirigeantes. « En zone très dense, nous nous retrouvons en concurrence avec les collectivités locales qui veulent faire leur propre réseau. En zone rurale, personne ne veut investir. Et dans la zone intermédiaire, rien n’est encore vraiment défini en terme de co-investissement. » Une situation ubuesque pour ainsi dire.

Stéphane Richard revient par ailleurs sur la douloureuse question des suicides au sein du groupe qui ont repris de plus belle depuis la rentrée (5 en quinze jours). Si le directeur appelle à éviter d’exploiter les affaires, notamment du côté des syndicats, il refuse le déni. « Mon propos n’est pas de dire que tout va bien. Nous avons déjà changé beaucoup de choses depuis un an. Il faut continuer, aller plus loin, ne pas relâcher la pression. » Stéphane Richard fait notamment référence aux mesures prise par l’entreprise pour contrer le phénomène: mobilité imposée révisée, recrutements annoncés, nouvelle relations sociales… Un nouveau modèle d’organisation, moins centralisé, est également dans les cartons. A défaut d’arrêter les suicides « qui font partie de la vie », Stéphane Richard s’« engage à tout faire pour qu’il n’y ait pas un seul salarié qui commette cet acte dramatique à cause de l’entreprise ». Un discours qui tranche avec celui de son prédécesseur, Didier Lombard, qui y voyait une « mode » passagère…


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