Patrick Drahi veut diviser les coûts IT de SFR par plus de 3 !

DSIRéseaux
Eric Denoyer (numericable), Patrick Drahi et Dexter Geoi (Altice).

Financement, calendrier, projet industriel… Patrick Drahi détaille sa vision de la construction du futur groupe SFR-Numericable. Une vision qui passe par des économies drastiques au sein de la DSI de SFR.

« Je suis très heureux de la décision du conseil de surveillance de Vivendi prise à l’unanimité des 13 administrateurs. » Patrick Drahi n’a pas caché sa satisfaction ce matin alors qu’il présentait à la presse le plan de rapprochement de SFR et Numericable validé par Vivendi à l’issue de trois semaines de négociations exclusives que les surenchères successives de Bouygues jusqu’à la dernière minute n’ont pas réussi à ébranler.

Rappelons que le groupe propriétaire de Canal Plus a accepté une offre à 13,5 milliards d’euros, néanmoins quelque peu supérieure aux 10,75 milliards initiaux. « Nous n’avons pas surenchéri, se défend Dexter Goei, Pdg d’Altice Group, le pourcentage du capital pour Vivendi a baissé de 32% à 20%. Donc la transaction nous a coûté moins cher. » Vivendi possèdera donc 20% du nouvel ensemble (une part dont le groupe ne pourra se défaire avant 1 an), avec une participation minoritaire au conseil d’administration, tandis que Altice prendra le contrôle de l’ensemble à hauteur de 60% (après rachat des participations de 34,6% que les investisseurs Cinven et Carlyle détiennent dans Numericable). Le reste du capital, 20%, sera public. Patrick Drahi prendra la présidence du conseil d’administration de la nouvelle société SFR-Numericable qui conservera son siège en France et sera cotée sur la Bourse de Paris Euronext.

Le closing pour fin 2014

Le dossier financier bouclé, il restera à convaincre les partenaires sociaux et l’Autorité de la concurrence. Deux points sur lequel Eric Denoyer, PDG de Numericable Group, est confiant alors que Patrick Drahi s’est engagé à conserver tous les emplois, y compris sur les réseaux de boutiques. Le dirigeant de Numericable présentera le plan dès demain, mardi 8 avril, aux représentants sociaux du « câblo-opérateur » pour un avis attendu avant le début de l’été. Du côté de la concurrence, « c’est quelque chose qui devrait très bien se passer, nos deux sociétés étant complémentaires nous ne pensons pas que le rapprochement pose un problème », déclare Eric Denoyer. L’avis de l’Autorité n’est cependant pas attendu avant la fin du 4e trimestre 2014.

C’est donc début 2015 (ou pour Noël 2014 au mieux) qu’apparaîtront les premières offres de SFR-Numericable (voire de SFR tout court, Patrick Drahi ayant répété préférer « cette marque forte »). Lesquelles seront nécessairement simplifiées dans le mobile, selon la vision du dirigeant.

Economies sur les services informatiques

C’est par cette simplification des offres, et donc des processus de gestion, que le dirigeant d’Altice entend réaliser des économies sur les services informatiques de SFR (lire Patrick Drahi (Numericable) : « Simplifier l’informatique de SFR »). Si le dirigeant n’a pas précisé le volume d’économies visé, il a donné un ordre de grandeur : « Les services IT d’Outremer Telecom (propriété d’Altice, NDLR) coûtent 3,5 millions d’euros par an pour faire du mobile, de l’ADSL et du B2B pour près de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires. Faîtes le calcul ! »

Nous avons donc sorti nos calculettes. Sur la base d’un chiffre d’affaires de 10,2 milliards en 2013, les 400 millions d’euros de dépenses IT de SFR devraient être réduits à moins de 120 millions (en plus des 20 millions de Numericable). Ce qui restera évidemment à mettre en œuvre, la simplification des offres ne se réalisant pas du jour au lendemain. Il n’en reste pas moins que, faute de tailler dans les équipes internes, les économies de cette simplification risquent de se faire aux dépens des sous-traitants auquel SFR recourt. Parmi, ces derniers, on retrouve le gratin de la place de Paris en matière de SSII : Capgemini, Atos, Steria, Sopra, CGI, Wipro…

La valeur tirée du très haut débit fixe

Ce n’est pas sur le mobile que Patrick Drahi entend tirer de la valeur mais sur les accès fixes. « L’Arpu (revenu moyen mensuel par abonné, NDLR) est de 41 euros chez Numericable aujourd’hui contre 35 à 37 euro pour l’ADSL/fibre », précise l’investisseur. Un revenu dont profite entièrement Numericable puisqu’il opère son réseau en propre et ne verse aucune redevance à Orange pour la location des lignes ADSL. Il restera néanmoins à augmenter le volume d’abonnés, aujourd’hui inférieur à 2 millions (y compris avec les offres de revente) pour 5 millions de prises résidentielles très haut débit. SFR-Numericable s’y emploiera en portant de 9 actuellement à 12 millions le nombre de prises qui seront, à terme, éligibles au très haut débit. Soit 100 Mbit/s, voire 200 Mbit/s sur certaines zones, avant d’évoluer vers le 1 Gbit/s prévu avant la fin de l’année.

Patrick Drahi entend investir « entre 1,8 et 2 milliards d’euros par an » dans l’infrastructure et les services de la nouvelle entité pour 2 à 5% de croissance du chiffre d’affaires, avec un objectif de 40% de taux de marge consolidée. En matière de marché du fixe, SFR-Numericable visera les 45% de parts sur la zone de couverture très haut débit du «câblo» contre 25% aujourd’hui et espère s’emparer de 30% du marché de l’entreprise (contre 20% aujourd’hui).

Une vision mûrie il y a 7 ans

« Notre projet ne repose pas sur la consolidation du marché […] mais sur la convergence fixe-mobile », a conclu Patrick Drahi en soulignant que c’était déjà le cas en Europe avec les consolidations successives de Vodafone en Allemagne, en Espagne plus récemment et, probablement selon les projets en cours, au Portugal prochainement. « C’est un projet d’avenir auquel je crois depuis plus de 7 ans. »

(Article mis à jour le 08/04.)


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