Philippe Keryer : “Alcatel-Lucent est le seul opérateur présent sur la radio, le cœur de réseau et l'IMS”

Réseaux

Technologie d’avenir à travers les réseaux 4G, le LTE est l’une des composantes de la stratégie de développement d’Alcatel-Lucent. Rencontre.

A l’heure où Rafael Nadal achevait Marcos Daniel (7/5 6/4 6/3) sur le court central de Rolland Garros, Silicon.fr rencontrait Philippe Keryer, vice-président exécutif et patron de la division produits opérateurs d’Alcatel-Lucent à l’occasion d’une rencontre avec la presse à l’initiative de l’équipementier. Objet de la discussion : le développement du LTE. Rappelons que le Long Term Evolution désigne la technologie qui animera les réseaux très haut débit de nouvelle génération, dits 4G, qui visent notamment à assurer la convergence fixe-mobile tant attendue.

Une nouvelle génération de réseaux mobiles dont les premières exploitations commerciales ne seront pas lancées avant 2011 voire 2012 en France, selon le calendrier présenté par l’Arcep, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Aux Etats-Unis, les différents opérateurs avancent plus vite sur la question. Notamment grâce au groupe franco-américain. Alcatel-Lucent fournit équipements et services à l’opérateur Verizon qui a annoncé la couverture de deux villes américaines, sans les citer, en LTE pour le second semestre 2010. Alcatel-Lucent couvrira cependant une seule ville, l’autre étant assurée par Ericsson. L’équipementier suédois prend d’ailleurs une longueur d’avance avec l’implantation, annoncée aujourd’hui, du premier site LTE commercial à Stockholm en partenariat avec l’opérateur TeliaSonera. Une première mondiale.

“Alcatel-Lucent est le seul opérateur présent sur trois domaines : la radio, le cœur de réseau [routage des paquets, ndlr] et les solutions IMS [l’IP Multimedia Subsystem met en œuvre la convergence des réseaux et données vers le tout IP afin de proposer des applications personnalisées, ndlr]”, souligne Philippe Keryer. Positionnement qui, depuis la signature du contrat en février 2009 avec Verizon, a permis à l’équipementier de séduire des entreprises qui n’étaient pas clientes sur le secteur de la mobilité. “[Le marché]Verizon résume le repositionnement du groupe, confirme le dirigeant. A savoir une réorganisation autour de deux socles (la convergence IP et le transport, notamment optique) et quatre pôles (fixe, mobile, IMS et services). Le LTE serait en cours de test auprès d’une dizaine d’entreprises clientes, selon notre interlocuteur qui gardera le silence sur le nom de ces partenaires.

Le LTE tuera-t-il à terme les réseaux existants? Philippe Keryer ne le pense pas, du moins pas dans l’immédiat tant le calendrier de développement promet de s’étaler dans le temps selon les zones géographiques de la planète. Il ajoute même que la 3G a de l’avenir, notamment avec le développement des technologies haut débit type HSPA. Il souligne d’ailleurs que Alcatel-Lucent a fait son meilleur trimestre ‘3G’ au cours du premier trimestre 2009. Un trimestre en pleine période de récession cependant globalement négatif au final.

En revanche, le LTE pourrait donner un sérieux coup de frein au Wimax. Philippe Keryer avoue avoir transféré les deux-tiers des équipes de recherche et développement sur le Wimax vers le LTE. Une réorganisation qui ne laisse augurer rien de bon pour le WiFi très haut débit à grande portée même si, pour le dirigeant, la concurrence du LTE se restreint aux usages mobiles.

Autre domaine porteur pour Alcatel-Lucent, le développement de services applicatifs permettant aux opérateurs de privilégier le trafic vers certains acteurs Internet. Des applications qui s’appuient sur les services IP/MPLS également au cœur de la stratégie transformation du réseau de l’équipementier. Ainsi, un opérateur pourrait passer un accord avec Facebook, selon l’exemple choisi par le responsable produits, afin de privilégier l’accès au réseau social à ses abonnés à travers une offre premium. Ce qui ouvrirait la voie vers un nouveau modèle économique, tant pour l’opérateur que pour l’éditeur du service en ligne.

Au risque de remettre en cause la neutralité du réseau? Philippe Keryer ne le pense pas dans la mesure où il s’agit de favoriser le trafic vers certains acteurs et non de le restreindre. Une nuance qui méritera d’être éclaircie, notamment à travers les réglementations transcontinentales. Toujours est-il que ce type d’application pourrait également s’appliquer dans le cadre des réseaux mutualisés afin que chaque opérateur présent puisse se distinguer de ses voisins et néanmoins concurrents à travers ses services. Le déploiement d’une infrastructure IP/MPLS pour Orange Business Services (pour des services destinés aux entreprises clientes) annoncée aujourd’hui est la preuve de l’intérêt que portent les opérateurs pour ces nouvelles technologies de gestion du réseau.


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