Nicolas Aubé, Celeste : « 90% des entreprises ont accès à la fibre »

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Pour le président de l’opérateur Celeste, l’accès au marché du FTTH est bien ouvert mais ne s’inscrit pas dans une demande des entreprises.

« On a accès au réseau FTTH d’Orange. » Nicolas Aubé, président de l’opérateur Celeste, ne partage pas la vision de son concurrent Nerim qui s’exprimait dans le cadre de l’enquête de l’Autorité de la concurrence sur l’abus de position dominante d’Orange sur le marché de l’entreprise. Fournisseur d’accès Internet, de Centrex IP et de connectivité pour les entreprises, Celeste a investit dès 2010 dans un réseau optique national quand Nerim misait sur le dégroupage cuivre. L’occasion pour Silicon.fr de revenir sur la stratégie de cet opérateur qui fêtera ses 15 ans d’activité en 2016, a réalisé 12 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2014 et affiche une croissance annuelle de 20 %.

Silicon.fr – Vous avez un point de vue différent de celui de Nerim sur l’ouverture du réseau FTTH d’Orange aux opérateurs alternatifs…

Nicolas Aubé – Dans les faits, l’équivalent de ce qu’on a avec l’ADSL existe avec la fibre. Les opérateurs ont accès au FTTH d’Orange à partir des points de mutualisation des immeubles ou depuis ses NRO (nœud de raccordements optiques, NDLR). Mais il faut disposer d’un réseau fibre pour s’y raccorder. Ce que n’a pas Nerim qui demande en fait un service fibre activé sur une base de collecte régionale ou nationale. Dans tous les cas, le FTTH ne nous intéresse pas car il n’est pas possible d’offrir de garantie de temps de rétablissement indispensable à l’activité des entreprises pour lesquelles la disponibilité du réseau est aujourd’hui vitale. Pour moi, le marché de l’entreprise, notamment les PME de 10 à 250 personnes que nous ciblons, ne va pas aller vers le FTTH qui est d’ailleurs absent des zones d’activité. Il existe certes un marché du FTTH pour les professionnels et les TPE mais ils se tournent alors vers une box grand public. Ou bien il faut fibrer jusqu’au point de mutualisation pour l’adresser.

Selon vous, l’accès à la fibre d’immeuble est donc un faux débat qui n’entre pas dans le cadre de l’enquête de l’Autorité de la concurrence sur la position dominante d’Orange sur le marché de l’entreprise ?

Je n’ai pas le sentiment que la concurrence soit empêchée aujourd’hui sur la fibre. Certes, la concurrence est rude et Orange se bat comme tout le monde mais il suffit d’être meilleur. Le sujet n’est pas simple, car il y a une idée que le déploiement de la fibre ne va pas assez vite mais je dirais qu’aujourd’hui plus de 90% des entreprises peuvent avoir accès à la fibre. Il suffit de tirer un câble dédié entre leurs locaux et le réseau de l’opérateur. Chez Celeste, les offres fibre commencent à 400-500 euros les 10 Mb/s et couvrent les coûts de déploiement. Ce n’est donc pas un enjeu tarifaire aujourd’hui pour les entreprises.

Comment expliquez-vous la lenteur dans l’adoption des infrastructures optiques ?

Les entreprises ont parfois peur de la fibre, de cette nouvelle technologie qu’elles voient chère et compliquée, et attendent que la zone d’activité soit équipée comme avec le FTTH pour les particuliers. Il y a donc une pédagogie à faire pour expliquer que, à partir du moment où l’entreprise détient le téléphone, elle peut avoir accès à la fibre. L’infrastructure est là. Et on peut fournir un lien optique soit depuis notre réseau, soit depuis un réseau d’initiative public des collectivités (qui ont compris l’intérêt de la fibre pour retenir et attirer les entreprises), ou celui d’autres opérateurs privés. On peut même utiliser les poteaux téléphoniques pour amener la fibre, dans les zones peu denses. D’autres part, les délais de livraison sont également vus comme un frein. Ils sont de 3 mois chez Celeste actuellement. C’est trop long pour une entreprise. On travaille à les réduire à 2 mois, 1 mois dans l’idéal. C’est à nous de convaincre les entreprises de la nécessité de passer à la fibre : Celeste a conçu une offre orientée vers les PME, qui leur permet de s’interconnecter avec leurs clients, avec des datacenters, avec des salariés ou partenaires distants. Nous y ajoutons 1 To de stockage, où seuls les Go supplémentaires sont facturés, dans notre datacenter Marilyn. Les PME peuvent également profiter de la fibre pour passer en téléphonie sur IP, avec des offres de haute qualité.

L’analyse de l’Autorité de la concurrence sur l’attitude anticoncurrentielle d’Orange ne s’applique donc pas dans le cadre de la fibre ?

S’il y a un problème, c’est sur l’accès au cuivre pour lequel les technologies haut débit SDSL ou EFM nécessitent de tirer des paires de cuivre multiples, jusqu’à 4 paires donc 8 lignes téléphoniques ! C’est donc plus difficile à installer aujourd’hui. La boucle locale cuivre vit ses dernières années, les ressources se raréfient, le personnel nous paraît moins formé, ce n’est pas un réseau sur lequel il y a des investissements. Alors qu’il n’y a pas de problème pour l’accès à son réseau fibre où Orange y applique des tarifs en adéquation avec le marché.

Avez-vous été auditionné par l’Autorité de la concurrence sur cette problématique ?

Non, en revanche nous l’avons été par l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, NDLR) qui trouve étonnant que l’on continue à déployer notre réseau. Le régulateur est dans une logique de mutualisation, il considère qu’un seul réseau suffit et veut éviter les chevauchements. Mais de notre côté, on constate que déployer son propre réseau est rentable. Et surtout, je le répète, avec le FTTH, il n’est pas possible de garantir de temps de rétablissement en cas de coupure, ce n’est pas une solution adaptée aux besoins des entreprises. J’en profite pour ajouter que sans l’Arcep, Celeste pas plus qu’aucun autre opérateur alternatif n’existeraient, il n’y aurait qu’Orange. L’Arcep subit beaucoup d’attaques, notamment politiques. A tort ! heureusement que le régulateur est là même si aujourd’hui il va vers moins de régulation puisque, face à l’analyse de l’Autorité de la concurrence qui considère la concurrence suffisamment installée dans les zones denses, les tarifs des accès cuivre et fibre sont aujourd’hui libérés.

Avec la libéralisation des tarifs, craignez-vous l’émergence d’un duopole Orange/Numericable-SFR ?

Je ne pense pas que cela puisse arriver. Les opérateurs qui ont des réseaux vont rester et se développer. Pour les autres, je pense qu’il est urgent d’investir. Aujourd’hui Celeste gagne des marchés face à Orange et Numericable-SFR. Je ne suis pas inquiet pour l’avenir de Celeste. Et, comme nous sommes plus agiles, on pourra toujours s’adapter face à une guerre des prix. Structurellement nous n’avons aucune raison de coûter plus cher que les gros. Mais nous ne sommes pas dans une logique de baisse des prix aujourd’hui mais plus dans une recherche de qualité.

De quelle infrastructure optique disposez-vous aujourd’hui ? Est-elle suffisante pour répondre aux besoins futurs ?

Nous couvrons en propre une quinzaine de grosses agglomérations (Ile-de-France, Nantes, Marseille, Bordeaux, Lyon, Toulouse, Montpellier…) et disposons de 33 points de présences (PoP). Nous avons lancé notre offre fibre 1 Gb/s dès 2010, 4 ans avant la concurrence. Sur nos 2500 clients, un millier a souscrit a l’offre fibre, dont une centaine à l’offre 1 Gb/s que nous commercialisons autour de 1800 euros. Nous avons investi 15 millions d’euros dans l’infrastructure depuis 4 ans et nous injectons 3 à 5 millions supplémentaires par an jusqu’en 2020 pour renforcer certains tronçons qui commencent à saturer. Nous déployons des câbles avec 864 fibres de 1 Gb/s de bande passante chacune, soit le maximum possible. Avec les besoins d’interconnexion aux datacenters et le développement du Cloud, nous pensons que les PME vont rapidement arriver sur la fibre 1 Gb/s. Et toutes les entreprises seront connectées à la fibre d’ici 5 ans.


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