Rumeur : IBM va-t-il céder ses serveurs x86 à Lenovo ?

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Retour du serpent de mer ou prolongation d’une stratégie initiée voici 10 ans ? La rumeur de la cession de la division IBM System x à Lenovo revient sur le devant de la scène. Notre analyse…

La rumeur n’est pas nouvelle. Pourtant, le Wall Steeet Journal et nos confrères de CRN ont relancé la rumeur d’une cession de la division System x des serveurs IBM x86 au Chinois Lenovo.

Les journalistes des deux médias s’appuient sur des sources internes anonymes qui leur auraient révélé que des négociations auraient été engagées jeudi dernier entre IBM et Lenovo.

Par ailleurs, des employés d’IBM au Research Triangle Park, en Caroline du Nord qui travaillent sur l’ingénierie des serveurs, se seraient entendu dire qu’ils seront des employés de Lenovo à partir du 1er juin prochain…

Dernière information qui circule, le deal entre les deux groupes porterait sur une transaction se situant entre 5 et 6 milliards de dollars.

Une rumeur récurrente, mais une cession qui aurait du sens

Ce n’est pas la première fois que cette rumeur circule. Rappelons tout d’abord que c’est en décembre 2004 que Lenovo a fait l’acquisition de la division PC d’IBM, et de la marque ThinkPad, devenant de fait le troisième constructeur mondial de PC.

Depuis, Lenovo dispute à HP la place de numéro un mondial des ventes de PC, occupant la première ou la seconde place selon l’humeur et les chiffres publiés par les analystes.

L’absence des serveurs dans la transaction était stratégique pour IBM, mais également politique. Le gouvernement américain n’aurait certainement pas accepté de laisser cette technologie filer vers les Chinois !

L’accord de cession prévoyait également que Lenovo ne pourrait produire des serveurs durant plusieurs années. Depuis, cette clause est en partie tombée. En accord avec IBM, le Chinois fabrique des serveurs 1 ou 2 sockets (emplacements pour les processeurs) en rack ou en tour depuis janvier 2008, serveurs qui reprennent le design System x.

Lenovo tente depuis d’investir le marché des serveurs x86. Avec plus ou moins de succès. Plutôt mitigé semble-t-il, malgré quelques partenariats comme celui passé avec EMC. Mais le constructeur avance rapidement et occupe déjà une place significative sur ce marché.

IBM se dégage de l’industrie

IBM se retrouve quant à lui avec ses serveurs dans une situation proche de celle qu’il occupait au début du siècle avec ses PC. Le marché des serveurs x86 est devenu un marché de masse, dont les marges fondent comme neige au soleil.

L’arrivée des serveurs sur base ARM devrait accélérer cette tendance. Le serveur x86 (Intel ou AMD) ou ARM, en tour ou en rack, devient une ‘commodity‘, au même titre que le PC.

Or IBM n’est plus, depuis de nombreuses années, sur cette approche industrielle. La cession de sa division System x, qui plus est à Lenovo, s’inscrirait donc dans une certaine logique.

De plus, les infrastructures de cloud, de base de donnée ou d’analytique (Big Data) IBM s’exécutent sur plateforme Linux Red Hat ou Suse. Ces systèmes d’exploitation tournent également sur les serveurs Power System, en architecture Power et non pas x86.

Il ne serait pas difficile pour Big Blue de convaincre ses clients x86 qui éventuellement souhaiteront rester IBM de basculer sur des serveurs Power.

La relève est dans les labs

Certains objecteront qu’IBM ne lâchera pas aussi facilement sa troisième place sur le marché des serveurs x86, derrière HP et Dell. Ils objecteront également que les revenus d’IBM sur les serveurs x86 dépassent aujourd’hui ceux du mainframe.

C’est oublier bien vite qu’à la différence de ses concurrents fortement marqués par une vision industrielle – ils cherchent pourtant à faire évoluer leur position en migrant à marche forcée vers le modèle du logiciel et du service ! – IBM a toujours privilégié la marge et la rentabilité, et à ce titre ne se préoccupe pas d’occuper une première place (trop !) chèrement acquise et conservée.

De plus, dans ses labs, IBM travaille aux prochaines générations de serveurs qui équiperont les datacenters hyperscale. Ou plus précisément aux microserveurs, qui embarqueront des plateformes ARM, Intel Atom, voire Power.

Des signes… encore !

D’autres signes militent pour prendre au sérieux la rumeur de la cession des serveurs IBM System X à Lenovo. D’abord, nous l’avons évoqué plus haut, Lenovo fabrique déjà des serveurs x86 qui reprennent le design System x. La relève est prête : si cession il y a, il n’y aura pas ou peu de rupture.

Les résultats d’IBM au premier trimestre sont décevants (lire “IBM : un premier trimestre en demi-teinte et des coupes sombres en France ?“). L’annonce d’un nouveau plan social ne suffira probablement pas à calmer la grogne des actionnaires et du marché boursier. Les 5 à 6 milliards de dollars qu’IBM pourrait tirer de la cession devraient calmer le jeu.

Enfin, la migration de la production des serveurs Power Systems de Rochester, dans le Minnesota, vers Guadalajara, au Mexique, apporte à Big Blue des gains de productivité, certes purement économiques, mais qui vont lui permettre de franchir une étape cruciale, celle de maintenir la barre de la rentabilité sur les serveurs plutôt haut de gamme, en attendant la vague des microserveurs.

Surtout que si les microserveurs ont leur place dans les architectures de datacenter, il faudra de très grosses machines pour les gérer. Des serveurs Power Systems, voire du mainframe dans le cloud. Les serveurs System x sur base x86 pourraient bien rapidement devenir encombrants, et surtout peu rentables. Alors pourquoi ne pas s’en débarrasser maintenant ?


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