Rapprochement SFR-Numericable : les syndicats inquiets pour l’emploi

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Même si le rapprochement Numericable-SFR apparaît comme le moins risqué pour l’emploi, des questions se posent, notamment du côté de la DSI de l’opérateur mobile. Pour les salariés de Bouygues Telecom, qui se retrouve isolé, l’avenir reste incertain.

« L’emploi est un de nos principaux soucis », s’inquiète Olivier Lelong, responsable CFDT chez SFR. Alors que Numericable vient d’être choisi par le conseil de surveillance de Vivendi (les deux groupes sont entrés en négociations exclusives), les syndicats s’interrogent évidemment sur le sort des salariés. « Vue de notre fenêtre, les garanties sur les emplois que les dirigeants promettent dans la presse ne sont pas présentes dans les propositions. Il n’y a aucune garantie. »

Risques de doublons

Les interrogations sur l’emploi étaient évidemment particulièrement saillantes en cas de rapprochement SFR-Bouygues. « On a de très grandes inquiétudes du côté de Bouygues Telecom car avec SFR, ce sont deux sociétés identiques en tous points, réseau, informatique, commercial, confirme Azzam Ahdab, délégué central CFDT chez Bouygues Telecom, interrogé avant l’annonce du choix de Numericable par Vivendi. Il y aurait donc sûrement des doublons. » Entre les 1 300 salariés réseaux de Bouygues Telecom et les 2 800 environ de SFR, difficile de croire que plus de 4 000 personnes auraient été dédiées à l’infrastructure du nouveau groupe. Sans compter les plus ou moins 700 personnes qui animent les services informatiques pour chacun des opérateurs. Le choix que vient de faire le groupe Vivendi, qui contrôle SFR, éloigne pour l’instant ces questions.

Numericable, la solution la moins mauvaise pour l’emploi

Restent donc les questions que soulève le rapprochement avec Numéricable. Pour Jean-Marc Dubois, coordinateur du Comité de groupe chez Numericable Group, « il y a beaucoup moins de doublons, le risque pour l’emploi est plus faible. Le groupe voulait même embaucher, car il a récemment décroché des contrats de DSP (délégation de services publics, NDLR) mais l’initiative est mise en sommeil le temps que la situation évolue. » Et d’ajouter que, dans ce dossier, « aucune solution n’est idéale mais, côté emplois, Numericable est probablement la moins mauvaise ».

Des questions se posent néanmoins concernant les effectifs de la DSI de SFR. Dans une interview aux Echos, mercredi dernier, Patrick Drahi expliquait vouloir simplifier l’informatique de l’opérateur. Et balançait quelques chiffres de nature à frapper les esprits : « Actuellement, SFR dépense près de 400 millions d’euros dans l’informatique chaque année. A titre de comparaison, c’est 20 millions chez Numericable. » Même si, comme le signale Olivier Lelong, la DSI de SFR a recours à des prestataires externes, la question de l’emploi des informaticiens se pose bel et bien. Même si, in fine, ce seront peut-être les SSII qui seront les plus touchées par ce rapprochement !

Salarié de Numericable, Jean-Marc Dubois se défend néanmoins de prendre parti et veut s’en tenir à la ligne de la CFDT préoccupée par l’emploi, l’endettement et les investissements. Sur ces derniers points, l’endettement de Numericable (qui met 10,75 milliards d’euros sur la table) ne sera-t-il pas pénalisant pour les investissements et l’agressivité commerciale ? Un risque « préoccupant », reconnaît-il, mais l’endettement « de 3 à 4 fois l’Ebitda reste dans la moyenne » des acteurs de ce secteur en Europe.

Le lourd poids de la dette

Olivier Lelong est moins optimiste. « C’est un rachat par la dette, beaucoup de dette, même avec les synergies. On n’arrive pas à voir comment on va la régler en regard des faibles bénéfices dégagés par les entreprises. Ce n’est pas Numericable qui va nous aider à rembourser la dette même si le groupe prétend pouvoir pénétrer le marché de la fibre. »

La question de l’emploi dans le nouveau groupe Numericable-SFR n’est pas la seule qui risque d’agiter le monde des télécoms dans les prochains mois. Maintenant que cette opération est en bonne voie, c’est Bouygues Telecom qui se retrouve isolé. « Il est vital pour Bouygues Telecom de changer la donne, c’est une question de survie », soulignait ce matin Azzam Ahdab, avant l’annonce du choix du conseil de surveillance de Vivendi. L’opérateur n’a en effet pas dégagé de bénéfices significatifs depuis deux ans (14 millions de pertes en 2012 et bénéfice de 11 millions en 2013) alors que le groupe de BTP réclame ses dividendes. Malgré l’officialisation du choix de Vivendi, l’avenir des salariés au sein de l’ensemble des acteurs concernés reste bel et bien flou.


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