Windows Server 2008 R2 : une mise à jour stratégique pour Microsoft

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Premier OS x86 purement 64 bits, R2 intègre l’hyperviseur Hyper-V en version 2 et joue la synergie avec Windows 7 sur plusieurs fonctionnalités clés. Au risque de s’attirer une nouvelle fois les foudres de l’Europe?

“C’est une release très importante pour nous”, annonce Damiens Buisson, chef produits serveur chez Microsoft France à propos de l’arrivée prochaine de Windows Server 2008 R2. Le responsable rappelle que Microsoft dévoile une version majeure de son OS serveur tous les 4 ans environ et des versions intermédiaires (notamment SP) entre temps. La dernière version majeure datant de 2008, cette “R2” est donc une mise à jour dite “mineure”. En apparence seulement.

Car Windows Server 2008 R2 est stratégique pour Microsoft qui veut s’imposer sur le marché de la virtualisation, notamment face au leader VMware. C’est en effet la première plate-forme serveur de Redmond à intégrer l’hyperviseur en standard. Hyper-V qui, lui aussi, évolue en V2 après une première version apparue en octobre 2008, soit quelques mois après l’arrivée de Windows Server 2008. Hyper-V V2 supporte désormais l’ajout et la suppression “à chaud” du stockage depuis des disques VHD ou accès direct (disques pass-through) à une machine virtuelle en fonctionnement.

Server 2008 R2, qui repose sur quatre piliers (l’administration, le web, la montée en charge et disponibilité, et la virtualisation avec Hyper-V) introduit donc un certain nombre de nouveautés clés. A commencer par l’adoption du 64 bits natif. “R2 est le premier OS x86 pur 64 bits”, précise Alain Le Hegarat, chef marché Windows Server. Ce qui imposera l’usage de plates-formes 64 bits pour l’exploiter (ce qui est le cas des dernières générations de processeurs AMD et Intel) et exclut donc R2 des configurations vieillissantes. Il sera intéressant de voir si le choix de Microsoft poussera le développement des applications 64 bits sur le marché…

Deux applicationS majeures, notamment, mettent en œuvre la stratégie “better together” client-serveur qui joue sur la synergie entre Windows 7 et Windows Server 2008 R2. Les deux produits seront d’ailleurs lancés commercialement en même temps, fin octobre en retail, dès juillet pour les versions RTM (Release To Manufacturing) pour les partenaires constructeurs et en août pour les clients disposant de la Software Assurance.

Ces deux fonctionnalités “better together” sont Direct Access et Branch Cache. Direct Access permettra à un travailleur nomade de se connecter depuis son client Windows 7 (et uniquement le nouvel OS) et un navigateur sur le réseau de l’entreprise sans nécessiter de solution VPN (réseau privé virtuel). “Il s’agit de rendre tout cela transparent pour l’utilisateur en toute sécurité”, souligne Christophe Dubos, architecte Windows Server chez Microsoft France. Direct Access repose sur des technologies de tunneling et s’appuie sur certains protocoles de l’IPv6 plus sécurisé par nature que l’actuel IPv4.

Coté serveur, “l ‘administrateur peut appliquer la politique de gestion de sécurités et mises à jour sur les portables dès que ceux-ci sont connectés, au même titre que les postes fixes. La gestion peut notamment passer par l’Active Directory pour centraliser la configuration des postes clients. Grâce à ce principe de détection automatique d’un portable sur le réseau, l’entreprise pourra ainsi repérer un ordinateur portable oublié (ou volé) par l’employé.

Brech Cache est un système qui vise à économiser de la bande passante et des ressources en interrogeant les machines du réseau avant de lancer une requête externe au réseau de l’entreprise. Si l’une ou plusieurs machines disposent du document recherché, Brench Cache redirige le client vers la machine hôte, sans quitter le réseau local, donc. En cas d’arrêt de cette dernière, le téléchargement se poursuit depuis le serveur hôte original. Cette fonction intéressera particulièrement les agences, généralement amenées à partager les mêmes documents et, donc, à effectuer des requêtes redondantes sur le serveur central.

Server 2008 R2 est donc d’autant plus stratégique pour Microsoft qu’il poussera à l’adoption de Windows 7 afin d’en bénéficier des fonctionnalités les plus avancées. De là à y voir une forme de vente liée, c’est un pas que nous laisserons éventuellement la Commission européenne franchir. C’est en tout cas la deuxième fois dans son histoire que Redmond annonce un lancement commun serveur/client. La dernière fois, c’était avec Windows 2000. Système qui, pour mémoire, avait déclenché l’enquête de la commission de la concurrence à Bruxelles (après la plainte, en 1998, de Sun Microsystem).

Microsoft prend donc le risque de faire bégayer l’histoire. Mais l’enjeu en vaut apparemment la chandelle. Avec Windows Server 2008 R2, l’éditeur vise notamment la base installée de NT4/2000 (dont le support sera définitivement supprimé en juillet 2010) et qui représente 4 à 5 % des 1,1 million de serveurs x86 en France. De son côté, IDC évalue à 260.000 le nombre de serveur x86 qui se vendront en 2009 en France. Sachant que le rythme d’adoption de Server 2008 est deux fois plus élevé à Server 2003 (selon l’éditeur), quelle sera la part de Windows sur le marché des serveurs fin 2009? Significative, assurément.


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