Antoine Drochon (Akamai) : «Nous travaillons avec les opérateurs»

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Antoine Drochon, Principal Solutions Engineer Akamai France

Comme pour les réseaux fixes, Akamai déploie ses technologies d’optimisation au service des réseaux mobiles. Le point avec Antoine Drochon d’Akamai France.

De par son métier historique de diffusion de contenus (content delivery network, CDN) sur les réseaux fixes, nous n’attendions pas Akamai dans l’environnement mobile. C’est pourtant un domaine où le fournisseur de solutions d’optimisation du réseau se développe à grande vitesse. Le point avec Antoine Drochon, Principal Solutions Engineer chez Akamai France.

Silicon.fr – Pourquoi et comment Akamai aborde la problématique des réseaux mobiles, notamment face à l’essor de la 4G ?

Antoine Drochon – Cela peut paraître surprenant de prime abord qu’Akamai se positionne sur les réseaux mobiles mais nous accompagnons nos clients depuis 15 ans sur la diffusion de contenus que ce soit des sites média, vidéo ou B2B. Et nous avons vu avec l’avènement des smartphones et de la 3G/4G un nombre croissant d’utilisation de notre plateforme qui passe par les réseaux mobiles. C’est une évolution naturelle qui a un effet immédiat sur la plate-forme.

La seconde étape consiste pour nous à comprendre et innover de manière d’aider client à faire en sorte qu’il puisse améliorer les services proposé aux utilisateurs finaux de réseaux moins performants, en phase mobile notamment, afin de rendre la meilleure expérience possible. Par exemple, pour des sites de e-commerce, il s’agira d’augmenter les taux de conversion, pour l’entreprise, il faut assurer la rapidité d’exécution des applications ou encore, pour les sites média, permettre d’augmenter le trafic.

Akamai propose donc une série de produits destinés à optimiser l’accélération à destination des terminaux mobiles.

Par quels mécanismes ?

Plusieurs mécanismes sont mis en jeux : la réduction du nombre d’objets envoyés au terminal mobile, l’analyse de la qualité du réseau pour diminuer la résolution des images sur smartphone, et cela indépendamment de l’application ou de l’outil de CMS. Nous apportons une couche intelligente qui fait ce travail d’optimisation dynamiquement.

Enfin, nous aidons les éditeurs en leur fournissant des informations sur le terminal mobile afin qu’ils conçoivent leurs applications sur mesure en fonction des terminaux visés.

L’architecture à base de serveurs caches au plus près des utilisateurs n’est plus de mise ?

Si ! La localisation de serveurs aide mais ne fait pas tout même si on cherche à fournir une granularité la plus importante possible.

Avec les opérateurs, on a essayé de construire des clusters plus ou moins dédiés à l’activité mobile près de leurs passerelles (gateway) mobiles.

Une autre technique, consiste à envoyer des paquets au terminal pour mesurer, sur les couches basses du réseau, les temps de réponses et le qualifier afin d’en déduire les actions à appliquer.

Enfin, la signature laissée par les navigateurs donne des informations qui qualifient certains éléments. Nous disposons aujourd’hui de dizaines de milliers de terminaux qualifiés.

On va même jusqu’à intégrer, dans certains appareils Android, le protocole Akamai au niveau des puces, et non de la couche logicielle, afin d’optimiser la consommation du réseau. Nous avons travaillé avec Qualcomm pour cela.

Notre métier est d’anticiper au maximum et de créer des services innovants pour permettre au gens de développer des services optimisés. On les accompagne en leur fournissant une boite à outils pour utiliser au mieux les services destinés aux éditeurs et, plus récemment, aux opérateurs, partenaires et de plus en plus clients. On veut allez plus loin que le partenariat réseau pour travailler avec les cellules de R&D, et sur les architectures techniques.

Toutes ces optimisations se justifient-elles encore face aux très hauts débits apportés par la 4G ?

Certes, la 4G améliore les choses mais en poussant le curseur de la qualité, on élargit encore l’éventail d’accès réseau qui étend ainsi l’expérience du Edge au LTE 4G. Donc, le défis est de faire en sorte de donner les outils et d’automatiser le plus de choses possibles afin de conserver une fluidité d’utilisation face à une qualité de réseau hétérogène. Pour reprendre l’exemple du site de e-commerce, il s’agira de proposer des petites vignettes au lieu d’images haute définition pour répondre à une consultation depuis un débit de moindre qualité.

La consommation mobile tend-t-elle à supplanter celle des réseaux fixes ?

Difficile de dire si le mobile va prendre la main sur le fixe mais il ne va pas l’éclipser. Car il reste des usages très consommateurs sur les réseaux fixes comme la vidéo à travers les box. Et la mobilité à domicile bascule sur le wifi, donc sur le réseau fixe. Il y aura donc une cohabitation même si les débits mobiles vont beaucoup augmenter avec la 4G. Tout dépendra de la typologie du réseau, selon les régions. Laquelle est guidée par les stratégies des opérateurs.

Et en France, quelle est la tendance ?

En France, sur la 4G, il est pour le moment assez difficile de détacher les usages car il n’y a pas assez de volumes coté consommation et les éditeurs sont encore timides sur les services taillés pour la 4G. Le premier secteur qui devrait en bénéficier sera la vidéo dans sa globalité (visio, TV, streaming…). Les aspects applicatifs ou sites viendront plus tard. Aujourd’hui, il n’y a pas de site taillé pour la fibre optique. C’est la même chose pour la 4G.

Que pensez-vous de Liquid Applications de NSN, une solution qui permet aux opérateurs d’améliorer l’efficacité de leur réseau en déportant applications et contenus à la périphérie du réseau de manière dynamique (lire Nokia Siemens déporte l’intelligence du réseau à sa périphérie) ? Percevez-vous l’offre comme une solution concurrente ?

Je ne connais pas la solution mais elle me semble à la fois complémentaire et concurrente. Complémentaire à l’image d’un proxy d’entreprise qui optimise au mieux l’accès aux contenus. Concurrente face à des offres qui ne sont pas encore sur l’étagère car nous travaillons depuis quelques temps avec les opérateurs sur les solutions Aura, renforcées par l’acquisition de Verivue (un expert du content delivery network racheté en décembre 2012, NDLR), sur l’optimisation des flux pour accélérer la diffusion au plus près des utilisateurs. On a travaillé avec Ericsson sur ce point. La solution manque encore de maturité car il est toujours risqué de manipuler du trafic sans accord avec l’éditeur. Mais le principe fait parti de la philosophie d’Akamai qui est de dire que pour offrir la meilleure qualité il faut être au plus proche de l’utilisateur.


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